Voyage en Inde... dans un hôpital

Les hôpitaux privés indiens accueillent plus de 150 000 étrangers chaque année. Chirurgies cardiaque, oculaire et esthétique sont en pôle position. Les étrangers viennent profiter de la qualité de la médecine du pays à des prix défiant toute concurrence. Mais les bénéfices de ce tourisme médical ne vont qu’au secteur privé.

Le chirurgien Sanjay Dhavan opère les yeux de 30 à 40 étrangers chaque mois, dans la clinique cossue de la chaîne privée Max Healthcare à New Delhi. Les NRI (Indiens de l'étranger), les Russes, les Asiatiques, les Américains et les Anglais constituent 10 à 20 % de ses patients. "Je pratique en majorité des opérations de la cataracte, le laser pour corriger la myopie et de la chirurgie plastique." Le prix est alléchant : une opération au laser coûte 750 euros au Max Hospital, contre un minimum de 2 000 euros en France.

L'opération des deux yeux au laser dure à peine une demi heure mais elle implique un suivi du patient. Comment font tous ces "touristes" médicaux ? "Nous suivons les étrangers grâce à internet. On prend contact avec le médecin du patient dans son pays d'origine. Tous les tests préliminaires nous sont transmis et quand il est prêt à être opéré, le patient vient en Inde. Puis quand il repart, la procédure recommence. Son médecin nous fait part de ces remarques, nous lui donnons nos conseils." Une impression de facilité qui rend sceptique.

"Ce n'est pas plus simple qu'ailleurs, souligne le Dr Dhavan. C'est seulement moins cher et les périodes d'attentes sont moins longues." Le docteur précise qu'il refuse près de 30 % des demandes d'opération. "Nous devons rester très prudents pour conserver cette réputation de qualité."

La bonne réputation des soins médicaux indiens, servis à des prix imbattables, date d'une quinzaine d'années, quand le nombre d'hôpitaux privés, côtés en bourse, a explosé. Les chaînes Apollo Hospital -le précurseur créé en 1979-, et Max Healthcare –fondé avec l'aide de l'université américaine de Harvard- sont parmi les plus renommées. Les investissements réalisés –sans aucune comparaison avec la médecine publique du pays- leur ont permis de proposer rapidement des opérations très technologiques, et dans un cadre digne d'un hôtel 5 étoiles. Face à une demande indienne insuffisante, ces hôpitaux ont intensifié leur communication à l'étranger.

Si les prix restent élevés pour une majorité d'Indiens, ils sont incontestablement la première source d'attrait pour les touristes. "Les coûts de la médecine sont bas, des médicaments fabriqués sur place à la main d'œuvre, en passant par les machines. Et ils ont très peu augmenté ces dernières années", explique le D. Dhavan. Les opérations du cœur, les plus courues par les étrangers en Inde, sont ainsi 40 à 70 % moins chères qu'en Europe et aux Etats-Unis.

Plus de 150 000 étrangers viennent chaque année se faire opérer dans un hôpital indien. L'industrie de la santé pourrait ainsi rapporter 2 à 3 milliards de dollars en 2012 selon le cabinet d'étude Mc Kinsey. Mais seuls les hôpitaux privés gérés comme des entreprises et dont une majorité de la population indienne est déconnectée sont gagnants. Selon de nombreux observateurs, il serait temps que les hôpitaux privés s'impliquent un peu plus dans les problèmes de santé publique du pays au lieu d'investir dans les dernières machines de pointe. Le docteur Nilima Kshirsagar de l'hôpital King Edward Memorial de Mumbai a par exemple proposé qu'une partie des revenus générés par les opérations sur les étrangers servent à soigner les patients indiens les plus pauvres, une idée qui fait son chemin chez les médecins.

 

 



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