Un Etat isolé de l'Inde accro à la culture populaire sud-coréenne

Lorsque les séparatistes du Manipur, un Etat isolé du nord-est de l'Inde, ont interdit les films en hindi il y a dix ans, ils ignoraient qu'ils ouvraient ainsi les vannes aux "soap operas" et chanteurs de Corée du Sud: Bollywood a été chassé, les Coréens sont arrivés.

La mode coréenne fait fureur au Manipur, où Bollywood a été remplacé par les "soap opéras" sud-coréens ©AFP

Dans les marchés de la capitale du Manipur, Imphal, les échoppes regorgent de DVD de films et "soap operas" sud-coréens, et de CD de stars de la chanson, avec une préférence pour les boys bands et leurs éphèbes pomponnés. Les murs des salons de coiffure sont recouverts de photos de célébrités sud-coréennes, dont les coupes de cheveux inspirent les jeunes clients, filles ou garçons.

Dans les minuscules boutiques du Gambhir Market, les adolescents fouillent à la recherche de jeans très serrés et autres vêtements portés par les acteurs et présentateurs des programmes télévisés coréens. Et dans les cours de récréation et les allées des marchés, on discerne quelques mots de coréen prisés par les jeunes pour ponctuer leurs échanges: "annyeong-haseyo" (bonjour), "kamsahamnida" (merci) et "sarang-haeyo" (je t'aime).

Interdiction de Bollywood

"Lorsque nous sommes au pensionnat, avec mes amies, on s'entraîne à quelques mots de coréen. On s'imagine aussi comment ce serait si nous vivions en Corée", raconte Akshaya Longjam, 14 ans. "Ca a l'air tellement bien! Tout le monde est beau: les filles sont très jolies et les garçons super mignons", ajoute la collégienne, fan du groupe de garçons Big Bang et de son chanteur G-Dragon.

Au premier abord, Manipur semble le dernier endroit auquel on pense pour succomber à "la vague coréenne" de culture populaire, qui a submergé la Chine, le Japon et plusieurs pays d'Asie du sud-est depuis le début des années 2000. Petit, peuplé de moins de 3 millions d'habitants, le Manipur, frontalier avec la Birmanie, est l'un des sept Etats indiens du nord-est reliés à l'Inde par une mince bande de terre qui traverse le Bangladesh.

Des années 70 aux années 90, Bollywood était le principal pourvoyeur de films, chansons et programmes télé. Mais à partir de 2000, des groupes armés séparatistes ont interdit la diffusion de la culture populaire en hindi, dans le but de protéger la culture de Manipur. Accompagnée de menaces d'attentats, l'interdiction a été appliquée par les cinémas et les télévisions.

Valeurs familiales et ressemblance physique

Pour combler le vide, les opérateurs de la télévision par câble ont diffusé ce qu'ils avaient sous la main, dont Arirang TV, une chaîne anglophone basée à Séoul. La grande chaîne coréenne KBS World a suivi, avec ses célèbres feuilletons et soap-operas. En quelques mois, Manipur était accro.

"Regarder des feuilletons et des films coréens me fait oublier la vie quotidienne de Manipur", soupire Soma Lishram, une étudiante de 19 ans. "Nous avons des problèmes avec l'eau, l'électricité, les routes, tout ce que vous voulez... Mais en Corée, tout semble parfait. C'est un monde de rêve".
L'attrait qu'exerce la culture sud-coréenne sur les habitants de Manipur a des racines culturelles. Les soap opéras coréens sont axés sur la famille, pivot de la société très conservatrice de cet Etat. Et les traits des habitants, qui ont des racines mongoles, sont relativement proches des Coréens.

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"Le facteur déterminant est cette proximité culturelle, dans les valeurs de la société et l'apparence physique. Les thèmes et les personnages des films et programmes coréens touchent une corde sensible chez les gens de Manipur, qu'ils soient jeunes ou vieux", souligne Otojit Kshetrimayum, chercheur en sociologie à l'université Jawaharla Nehru de Delhi.

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