Sonika Kaliraman Malik, la lutte dans le sang

Médaillée d’argent en 2001 lors des championnats d’Asie, cette jeune femme de 26 ans est l’une des rares indiennes à pratiquer la lutte, un métier pas toujours de tout repos. Rencontre avec une jeune femme étonnante.

A première vue, l'akhara (centre d'entraînement pour les lutteurs) ne paye pas de mine. Le bâtiment ressemble à la demeure de n'importe quelle famille de la classe moyenne indienne, exceptée peut-être l'arène, avec son lot de servantes et de tantes vaquant à leurs occupations. C'est pourtant bien ici que vit et s'entraîne Sonika Kaliraman Malik, seule lutteuse professionnelle en Inde et fière représentante de l'un des plus vieux sports au monde, pratiqué dans sa famille depuis des générations.

"Un jour, mon père est arrivé et nous a dit, à mes deux sœurs et moi, qu'il voulait que nous apprenions la lutte. Je ne sais pas ce qui lui a pris; car nous venions d'une famille de lutteurs très orthodoxe et aucune fille n'avait le droit d'assister ni même jeter un oeil aux entraînements des garçons", se souvient Sonika, qui semble ne toujours pas y croire,   et pour qui la lutte était comme un "frisson". Au final, la jeune femme a rapidement su faire sien le vœu de son père, athlète émérite à la retraite.

Chandgi Ram, médaillé d'or lors des jeux d'Asie de 1970, est le premier en Inde à ouvrir aux femmes les portes de l'arène de sable, jusque là réservée aux hommes. Il y a une dizaine d'années,  il a créé un centre d'entraînement pour filles, dans une région où le sexisme est omniprésent.

Sonika, sa fille, devient alors son meilleur atout dans la promotion de cette révolution.  "Vous savez, on a commencé à aller dans les villages ; mon père n'arrêtait jamais de relancer ses contacts pour pouvoir organiser des dangals, (tournois, ndlr) et les gens ont commencé à l'accepter…"

Une évolution des mentalités qui ne se fait pas sans mal, même pour Sonika et ses sœurs. "Le jour où tout a commencé, notre père nous a enmené voir des filles judoka ; elles étaient toutes très musclées et pesaient dans les 80 kg…Nous étions horrifiées. A cet âge, on rêve plutôt de devenir top model". Mannequin, Sonika pourrait presque l'être, avec sa silhouette gracile, ses yeux en amande, ses dents éclatantes de blancheur et son mètre 80. Qui pourrait d'ailleurs vraiment l'imaginer dans l'arène ?

"Au départ, les gens venaient nous voir lors des tournois par curiosité. Ils voulaient savoir comment des filles lutteuses s'habillaient pour concourir. Et puis ils se sont dit que si une fille aussi délicate que moi pouvait le faire,pourquoi pas leurs enfants", raconte Sonika. Aujourd'hui, dans l'akhara familiale, une quinzaine de filles s'entraînent durement, en vue des jeux du Commonwealth de 2010. "On se réveille vers 4h, on s'entraîne quelques heures le matin…puis on recommence le soir. Mais avec la chaleur et les moustiques, c'est  horrible".

 La lutte n'est pas un sport très médiatisé, et génère peu d'argent. Les infrastructures sont donc souvent sommaires. Rien à voir avec la vie des lutteurs des pays occidentaux, qui profitent de gymnases bien entretenus. A quoi s'ajoute une difficulté supplémentaire pour Sonika : elle qui reste un bon espoir de médaille pour l'Inde pour les jeux du Commonwealth, se voit pourtant mettre les bâtons dans les roues par la Fédération de Lutte Indienne. "Je ne sais pas pourquoi, c'est mon propre combat, ma passion. Mais il y a une mésentente totale, peut-être parce que leur mentalité est toujours très machiste. J'ai toujours essayé de ne jamais rien leur demander… ".

Cela ne décourage pas la jeune femme. Elle a le soutien de sa famille, de son mari, et des rêves d'avenir plein la tête. "Je souhaite à mon père une longue vie. Mais s'il part, je serai là pour reprendre le flambeau, et pourquoi pas, fonder ma propre akhara".


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