Quand les ordures de New Delhi servent à fabriquer des sacs et des bijoux
16/12/2007 | Aurélie Darbour.
A New Delhi, l’ONG Conserve India donne une nouvelle vie aux bouts de plastique qui jonchent les rues de la capitale. Les détritus sont transformés en accessoires de mode par les habitants des bidonvilles. Le projet a séduit les labels du commerce équitable. Forte de son succès, l’ONG réinvestit les bénéfices de la vente dans des projets sociaux pour les communautés les plus défavorisées.
Des sacs, des tongs et des colliers que l'on trouve dans les boutiques dites de commerce équitable de Paris, Londres, ou encore Amsterdam. Des articles au prix plutôt élevé dont on ne se doute pas une seule seconde qu'ils sont faits grâce au recyclage de poubelles indiennes. C'est pourtant bien l'invention de l'ONG indienne Conserve India qui exporte aujourd'hui ses articles en Europe.
Conserve India a été créée en 1998 par Anita et Shalabh Ahuja, installés à New Delhi et intéressés par le recyclage des ordures ménagères. Ils réalisent rapidement que le plastique, 10 à 15% des 8 000 tonnes de déchets rejetés quotidiennement par la capitale indienne, est un problème majeur. Il n'y a pas de ramassage public des ordures à New Delhi : des éboueurs -travailleurs précaires s'il en est- les collectent et les revendent ensuite à des grossistes. Le couple invente une forme originale de recyclage à but commercial pour donner une nouvelle vie à ces déchets. Triés, lavés et compressés, les sacs plastiques, achetés trois fois le prix normal aux ramasseurs, sont transformés en sacs à main. En 2003, une unité de production ouvre ses portes au cœur des bidonvilles. Les habitants sont formés aux différentes techniques et travaillent depuis leurs domiciles sur la fameuse machine à recycler. Le succès est rapide. L'ONG diversifie designs, couleurs et produits et ce sont bientôt 12 tonnes de déchets qui sont transformés chaque année en accessoires de mode : ceintures, sacs à mains ou colliers.
La production est exclusivement destinée à l'exportation vers l'occident, où le commerce éthique a le vent en poupe. Pour répondre à la demande croissante et simplifier les procédures de certification des labels équitables, la structure associative s'est doublée cet automne d'une entreprise à but lucratif. "Les acheteurs étrangers trouvent ça plus simple de travailler avec une entreprise. Ils nous envoient des audits pour contrôler notre travail. Je ne peux pas faire auditer mes bidonvilles illégaux. Nous avons besoin d'un endroit où tout est impeccable", explique Anita. L'ONG a également conclu un partenariat de taille avec Bestseller. L'entreprise danoise spécialisée dans la mode a permis à Conserve India d'acquérir de nouveaux locaux.
Malgré les précieux débouchés qu'ils offrent à la production, les échanges avec les marques européennes déçoivent parfois Anita. "Un sac peut être revendu jusqu'à 70 $ sous prétexte que c'est un produit équitable et que les travailleurs sont mieux payés", explique-t-elle. "Mais nous ne vendons nos produits que 5 $. Nous nous sentons un peu escroqués." Elle n'a cependant pas vraiment le choix, car les perspectives d'expansion sur le marché local sont très limitées. "Les entreprises indiennes trouvent le processus ingénieux mais pour elles les produits confectionnés avec des ordures restent sales."
Les commandes de produits divers ont permis d'éliminer un nombre important de détritus et font vivre près de 300 familles dans les quartiers les plus défavorisés de New Delhi. Grâce aux bénéfices, le couple a aussi ouvert une école dans un bidonville et créé un service de micro-assurance pour les travailleurs. La réussite du projet donne envie à Anita et Ahuja de l'exporter, vers d'autres ville, ou même vers d'autres pays.
Découvrir le site internet de l'ONG : cliquer ici
Conserve India a été créée en 1998 par Anita et Shalabh Ahuja, installés à New Delhi et intéressés par le recyclage des ordures ménagères. Ils réalisent rapidement que le plastique, 10 à 15% des 8 000 tonnes de déchets rejetés quotidiennement par la capitale indienne, est un problème majeur. Il n'y a pas de ramassage public des ordures à New Delhi : des éboueurs -travailleurs précaires s'il en est- les collectent et les revendent ensuite à des grossistes. Le couple invente une forme originale de recyclage à but commercial pour donner une nouvelle vie à ces déchets. Triés, lavés et compressés, les sacs plastiques, achetés trois fois le prix normal aux ramasseurs, sont transformés en sacs à main. En 2003, une unité de production ouvre ses portes au cœur des bidonvilles. Les habitants sont formés aux différentes techniques et travaillent depuis leurs domiciles sur la fameuse machine à recycler. Le succès est rapide. L'ONG diversifie designs, couleurs et produits et ce sont bientôt 12 tonnes de déchets qui sont transformés chaque année en accessoires de mode : ceintures, sacs à mains ou colliers.
La production est exclusivement destinée à l'exportation vers l'occident, où le commerce éthique a le vent en poupe. Pour répondre à la demande croissante et simplifier les procédures de certification des labels équitables, la structure associative s'est doublée cet automne d'une entreprise à but lucratif. "Les acheteurs étrangers trouvent ça plus simple de travailler avec une entreprise. Ils nous envoient des audits pour contrôler notre travail. Je ne peux pas faire auditer mes bidonvilles illégaux. Nous avons besoin d'un endroit où tout est impeccable", explique Anita. L'ONG a également conclu un partenariat de taille avec Bestseller. L'entreprise danoise spécialisée dans la mode a permis à Conserve India d'acquérir de nouveaux locaux.
Malgré les précieux débouchés qu'ils offrent à la production, les échanges avec les marques européennes déçoivent parfois Anita. "Un sac peut être revendu jusqu'à 70 $ sous prétexte que c'est un produit équitable et que les travailleurs sont mieux payés", explique-t-elle. "Mais nous ne vendons nos produits que 5 $. Nous nous sentons un peu escroqués." Elle n'a cependant pas vraiment le choix, car les perspectives d'expansion sur le marché local sont très limitées. "Les entreprises indiennes trouvent le processus ingénieux mais pour elles les produits confectionnés avec des ordures restent sales."
Les commandes de produits divers ont permis d'éliminer un nombre important de détritus et font vivre près de 300 familles dans les quartiers les plus défavorisés de New Delhi. Grâce aux bénéfices, le couple a aussi ouvert une école dans un bidonville et créé un service de micro-assurance pour les travailleurs. La réussite du projet donne envie à Anita et Ahuja de l'exporter, vers d'autres ville, ou même vers d'autres pays.
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