Quand le lancer de chaussures devient sport national en Inde

Tout le monde se souvient du lancer de chaussures effectué par le journaliste irakien Mountader Al-Zaïdi contre le président américain George Bush alors en visite officielle à Bagdad. Les Indiens ont eux aussi, depuis dimanche, leur "héros" national.

 

C'était dimanche 15 août, date de la fête de l'Indépendance de l'Inde, il venait à peine de hisser le drapeau indien comme il se doit pour commémorer ce jour, que le chef du gouvernement du Cachemire indien Omar Abdullah a été pris pour cible par un policier qui tentait de l'atteindre avec une chaussure. En pleine cérémonie officielle dans un stade de Srinagar, la capitale d'été du Cachemire indien, le policier a tout de suite été identifié. L'homme qui avait crié "Nous voulons la liberté" pour accompagner son geste avait été, quelques jours plus tôt, suspendu de son poste de policier pour une implication dans une affaire criminelle. "Je n'avais pas d'autres moyens de faire part de ma colère que de lancer ma chaussure", a alors expliqué l'ex-policier Abdul Ahad Jan.

Cette histoire, même si le climat actuel du Cachemire vient s'y ajouter, rappelle qu'en Inde ce n'est pas la première fois qu'une telle pratique a lieu. En avril 2009, un journaliste Sikh dénommé Jarnail Singh avait jeté une chaussure sur le ministre de l'Intérieur Palaniappan Chidambaram parce que ce dernier n'avait pas daigné répondre à une question concernant les émeutes anti-sikhs de 1984. Assis à moins de 5 mètres de la tribune, sa Reebook taille 41 n'avait pourtant pas atteint le ministre. Le "lanceur" avait alors été vu comme défenseur de la cause sikhe par ses semblables. Quelques jours plus tard, c'était au tour d'un professeur de 64 ans à la retraite de jeter sa chaussure sur l'homme politique et membre du Parti du Congrès Naveen Hindal lors d'une soirée de campagne dans l'Etat de l'Haryana. Cette semaine-là s'était clôturée par une troisième attaque de chaussures dans le pays, visant cette fois Lal Krishna Advani, un cadre du Bharatiya Janata Party (BJP), et avait conduit les autorités à prendre de plus grandes précautions à quelques jours des élections.

Depuis, la tendance s'était un peu affaiblie mais peut-être les événements de ce week-end la remettront-ils au goût du jour? D'ailleurs, comme le rapporte la chaîne BBC News, il y aurait même des entraînements de lancer de chaussures effectués dans le pays.

Si Muntazer Al-Zaïdi avait été emprisonné pendant un an après "l'attaque" sur George Bush, cinq jours de détention provisoire ont semblé nécessaires dans le cas d'Abdul Ahad Jan. Alors qu'il comparaissait lundi devant le tribunal, Mr Jan s'est plaint d'avoir été maltraité en détention et de souffrir de douleurs au niveau de la cage thoracique. Il a par la suite été hospitalisé. Pendant ce temps-là, sa résidence est devenue un vrai lieu de pélerinage pour tous ceux qui réclament l'Indépendance du Cachemire. Chaque jour des centaines de personnes viennent y chanter des chants cashemiris et faire part de leur soutien à celui qu'ils considèrent comme une "juste rebelle".  

 


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