Polémique autour d’un film sur les quotas de castes en Inde
La politique des quotas réservés aux basses castes ne fait pas l’unanimité, encore plus quand Bollywood s’en mêle. Le phénomène entourant la sortie du film Aarakshan montre à quel point le sujet est explosif, que l’on prenne parti ou non.
Depuis son premier drame politique, Damul, sorti en 1984, le réalisateur Prakash Jah n’a cessé d’aborder des sujets qui fâchent. Son nouveau film, Aarakshan ("quotas" ou "place réservée"), dans les salles le 12 août, aborde cette fois-ci l’épineuse question des quotas réservés (reservations) aux castes et tribus "répertoriées" par l’administration (scheduled castes/tribes), dans les institutions scolaires en Inde, rapporte le quotidien The Hindu.
L’intrigue met en scène un directeur d’université, un étudiant dalit (de la caste des "Intouchables"), qui rêve de devenir enseignant, et un élève issu d’une haute caste. Et quand l’amour s’en mêle, rien ne va plus ! La fille du principal, en plein dilemme, doit choisir entre son amour pour le jeune intouchable et la sécurité que représente l’influent fils de brahmanes.
A l’image des réactions divergentes que génère la question de la discrimination positive en faveur des OBC (other backward castes) et depressed castes ("castes arriérées", terme officiel pour désigner les Intouchables) en Inde, le film a provoqué un tollé avant même sa sortie.
La Commission Nationale pour les Castes répertoriées a relevé des dialogues "péjoratifs" et "désobligeants" envers les Dalits, appelant ainsi le Comité de Censure à exiger des modifications de la part du réalisateur. Trois Etats ont refusé de projeter le film et le dispositif de sécurité a été renforcé autour des résidences du réalisateur et de l’acteur qui tient le rôle du Dalit. Une association pro-Dalit a même contesté le fait que le rôle de l’Intouchable soit interprété par un acteur au lignage royal*. Le Comité, après visionnage du film, a cependant tenu à défendre le droit d’expression du réalisateur.
Une politique de discrimination positive controversée
Le dispositif indien des "reservations" fonctionne sur la base de quotas pour des emplois dans la fonction publique, ou pour des places dans l’enseignement, accordés à des groupes appartenant à certaines castes administrativement désignées. C’est à la fois le gouvernement fédéral et les gouvernements régionaux des différents Etats qui les fixent.
Une telle politique, initiée depuis une vingtaine d’années, en mécontente plus d’un. Le film évoque notamment un violent épisode de cette contestation. Des manifestations de colère - allant jusqu’à l’auto-immolation d’un étudiant - ont eu lieu en 1990, en réaction à la Commission Mandal qui préconisait l’extension des quotas d’embauche à la fonction publique.
Une nouvelle loi, en 2006, a élargi les quotas de "places réservées" aux OBC dans les institutions d’enseignement financées par l’Etat. Cette décision, maintenue car consentie par la majorité des partis politiques, a néanmoins suscité un certain rejet parmi les étudiants, les professions libérales et les salariés d’autres secteurs où les classes moyennes sont importantes.
Une volonté de neutralité jugée trop équivoque
"Nous savons tous que nous vivons dans une société basée sur le système des castes, nous savons qu’il y a des places réservées à certaines castes (…). Pourquoi ne pas pouvoir en parler librement dans nos films ?", s’est défendu Prakash Jah, lors d’une conférence de presse.
La polémique provient également de l’attitude peu tranchée du réalisateur. Observer et non pas juger, soulever des questions sans forcément y répondre, voilà le rôle que se donne le réalisateur. Mais le débat que provoque le film souligne à quel point le sujet est sensible en Inde. M. Jah prend néanmoins clairement position en ce qui concerne la "marchandisation" de l’enseignement, allant de pair, selon lui, avec ce système des quotas.
Le scandale qui accompagne la sortie d’Aarakshan n’annonce pas forcément un flop ; au contraire, souligne le quotidien économique Mint, cette stratégie est fréquemment utilisée en Inde pour faire la promotion d’un film. En expliquant que c’est à chacun de se faire "sa propre opinion", J. Jah ne prend peut-être pas position, mais il réussi un formidable coup de publicité pour un film au budget colossal.
*Saif Ali Khan, est le fils de Sharmila Tagore, arrière petite-nièce du célèbre poète et écrivain indien Rabindranath Tagore. Il appartient également aux familles royales de Bhopal et de Pataudi, ndlr.
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La discrimination positive est un palliatif contre la discrimination tout court.
Le problème est qu'elle génère d'autres injustices pour les laisser pour compte qui n'ont pas la chance d'appartenir à une caste ou à une tribu "répertoriées".
La discrimination positive est peut-être un mal nécessaire.
Il est difficile d'avoir une opinion tranchée sur ce sujet complexe.
Je comprend donc l'absence de prise de position de Prakash Jha.
http://www.youtube.com/watch?v=_XAUSDP72oY
(Vijay et Bhumika en Suisse / extrait du film "Badri" (2001))