À New Delhi, mieux vaut être un « expat » pour sortir en boîte

A New Delhi, la boîte de nuit Urban Pind accueille à bras ouverts les expatriés occidentaux, même en tongs et en short. Pour les Indiens, par contre, mieux vaut être bien habillé, accompagné de filles - blanches si possible -, et connaître le patron. Car pour les autres, c’est porte close ! Mais depuis peu, les noctambules indiens réagissent. Reportage à lire et à écouter (en cliquant sur l'onglet a droite).

L'Urban Pind, une boîte à la mode du sud de New Delhi, organise chaque semaine une expat night avec open bar pour 800 roupies (soit 12 euros), jusqu'à une heure du matin. Chez Kuki, une autre boîte de nuit, c'est open bar gratuit pour les filles expats… et les cinquante premières Indiennes qui arrivent à entrer! Ces offres alléchantes attirent aussi des Indiens, mais pour eux, l'accueil est différent. Très différent.

Le favoritisme des gérants d'établissements vis-à-vis des expats, ces étrangers à la peau blanche travaillant en Inde, est démesuré. "J'ai vu un groupe de dix expats en shorts et tongs entrer dans une boîte dix minutes avant la fermeture", témoigne Annan, un étudiant de 22 ans.

À l'entrée de l'Urban Pind, on adoube les "peaux claires" d'un double tampon sur le poignet. C'est le sésame pour boire à volonté et accéder à la terrasse avec ventilateurs et musique house/électro. Mais pourquoi priver les Indiens de terrasse et d'accès à l'open bar ? "Parce que les étrangers ont besoin de s'amuser entre eux et en plein air", se défend le manager de l'Urban, Tahir Hussain. "Les Indiens ne savent pas boire, ils se conduisent mal avec les filles, tandis que les étrangers, eux, savent s'y prendre". Il suffit de s'approcher du bar de la terrasse autour duquel s'agglutinent des expats assoiffés armés de "bracelets open bar" oranges, verts ou roses pour voir qu'eux aussi peuvent boire sans modération…

Dans ce même établissement, en juin 2007, une photographe originaire de Nagaland (Nord-Est de l'Inde) s'est vue répondre qu'elle n'avait pas "le bon profil" pour entrer. Humiliée, elle a aussitôt engagé des poursuites contre l'établissement. Les médias indiens en ont beaucoup parlé. Mais aujourd'hui, les responsables feignent d'ignorer l'incident.

"La constitution indienne interdit la discrimination fondée sur la race, la caste, le sexe et le lieu de naissance d'un individu", explique Maître Enatoli Sema, l'avocat qui a défendu la photographe de Nagaland, "mais la discrimination dans les bars et les clubs n'obéit à aucune règle, donc attaquer en justice est souvent délicat". Finalement, l'Urban Pind n'a pas eu à payer d'amende. Mais les Indiens n'acceptent plus les cas de discrimination raciale.

Sur Facebook, le groupe Boycott Urban Pind rassemble un millier de personnes révoltées par les pratiques de cet établissement. "J'ai rejoint ce groupe parce que nous, les Indiens du Nord-Est, avons souvent l'impression d'être des citoyens de seconde catégorie, explique Chubala, 24 ans. Et c'est encore plus flagrant à l'entrée des boîtes de nuits".
 
Alors quand on a des amis indiens, mieux vaut les prendre sous son aile. Vikrant, 19 ans, chanteur d'opéra, travaille avec des Français à New Delhi. Pour sortir en boîte avec eux, il a sa technique : "J'arbore une chemise, un grand sourire et je dis Bonjour en français à l'entrée, en suivant mes amis à la peau blanche". Pour lui, ça marche à tous les coups parce qu'il parle Français, mais pour d'autres hommes, il faut attendre qu'un groupe de filles - si possible blanches - les fassent entrer...
 
Pour écouter des témoignages d'étudiants français recueillis à l'Urban Pind, cliquer en haut à droite de cet article.

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