Mini-sommet ministériel à New Delhi pour relancer les négociations à l’OMC

La capitale indienne accueille pendant deux jours une quarantaine de représentants de pays membres de l’OMC en prélude à la rencontre prévue fin novembre à Genève. Objectif : trouver enfin un terrain d’entente pour boucler le cycle de Doha, ouvert en 2001. Pas gagné.

Le statu quo dure depuis maintenant huit ans. En 2001, les Etats-membres de l'Organisation Mondiale du commerce (OMC) se réunissaient à Doha (Qatar) pour négocier des accords qui permettraient de libéraliser les échanges commerciaux entre eux. Mais malgré huit réunions organisées à cet effet, les négociations sont toujours dans l'impasse. Motif : des points de vue radicalement opposés, entre pays développés et pays en développement, notamment sur l'épineuse question de l'agriculture.

Le dernier rendez-vous a eu lieu en juillet 2008 à Genève et avait été qualifié d' "échec" par le directeur général de l'OMC, le Français Pascal Lamy. La rencontre de New Delhi est la première depuis lors, et ses participants arrivent tous avec un espoir renouvelé d'établir de bonnes bases avant la grande conférence prévue pour fin novembre, à Genève encore. "La réunion de cette semaine peut être un pas très important vers notre objectif de conclure avec succès le cycle de Doha", a déclaré le négociateur américain Ron Kirk, qui sera présent en Inde. Simon Crean, ministre australien du Commerce, affirme lui que l'OMC est "très près d'une conclusion" du cycle de Doha. Son homologue indien, Anand Sharma, souligne l'importance d'un accord, estimant que "si les pourparlers échouent, personne n'y gagne".

Le pari est cependant loin d'être gagné. Les Etats-Unis et l'Inde sont devenus de facto les porte-parole des pays développés et des pays en développement, et seront les acteurs clés des négociations à venir. Ils s'étaient affrontés en 2008 sur la question du "mécanisme de sauvegarde spécial", qui permettrait de protéger les agriculteurs des pays les plus pauvres à l'aide de barrières tarifaires.

D'autres pays du Sud, comme le Brésil ou la Chine, se sont rangés derrière l'Inde sur ce dossier, alors même que ces nations ne partagent pas forcément d'intérêts communs dans d'autres domaines. Tous refusent de baisser leur barrières tarifaires sur les produits agricoles tant que les subventions accordées par les pays développés à leurs agriculteurs - à la production mais aussi à l'exportation - n'auront pas été drastiquement réduites. Car si les États-Unis et l'Europe souhaitent que les marchés mondiaux ouvrent leurs portes à leurs produits, ils bénéficient d'un avantage jugé injuste face aux produits locaux non-subventionnés.

L'Inde milite aussi pour que le mécanisme de sauvegarde spécial puisse être déclenché le plus tôt possible, afin que les importations ne fassent pas trop baisser les prix et les ventes de ses produits nationaux. Dans un pays où 60% de la population dépend directement de l'agriculture, le moindre impact négatif sur ce secteur pourrait en effet avoir des conséquences dramatiques. A titre d'exemple : les 160.000 suicides d'agriculteurs recensés en Inde depuis 1997.

Un accord sera peut-être enfin trouvé, mais en tout cas pas cette semaine. "Ce ne sera pas un forum de négociations" a d'ailleurs prévenu le numéro 2 du ministère du Commerce indien. L'espoir de partir sur de nouvelles bases est toutefois permis. D'autant que, comme le rappelle Ron Kirk, de nouveaux gouvernements ont été élus aux États-Unis, en Inde et en Afrique du Sud depuis Genève. Les intérêts et les attentes de leurs populations, eux, restent les mêmes.


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