L'Inde mange assez, mais assez mal

Seuls 5% des fruits et légumes seraient contrôlés sur le territoire indien. Un laxisme qui laisserait la part belle aux pesticides, conservateurs et colorants, pourtant nocifs pour la santé. Quel contrôle alimentaire pour l'Inde?

"La situation évolue, mais elle évolue lentement". Ashok Kanchan est responsable du domaine alimentaire pour l'organisation VOICE (Voluntary Organization in Interest of Consumer Education), organisation qui se charge de comparer l'offre, d'éduquer les consommateurs à ce qui est bon. Ou plutôt ce qui est mieux pour eux.


Car en matière d'alimentation, ce qui compte pour bon nombre d'Indiens, c'est avant tout de se nourrir. De quoi, c'est une autre histoire. En effet, si la question d'une nourriture saine n'est pas sur le devant de la scène, c'est parce que les gens veulent avant tout avoir le ventre plein. "Etre sûr qu'il y ait suffisamment à manger pour tout le monde a été si difficile jusqu'à présent qu'avoir une nourriture de qualité n'a pas été notre préoccupation principale", a d'ailleurs récemment avoué le directeur de la Food Safety and Standards Authority of India (FSSAI), l'équivalent de l'AFFSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments),V.N Gaur.

En Anglais d'ailleurs, les expressions "food security" et "food safety" peuvent sembler similaires mais signifient deux choses tout à fait distinctes. Tandis que la première consiste à s'assurer qu'il y aura suffisamment à manger pour tout le monde, la deuxième se concentre sur la qualité de ce qui se trouve sur le marché. Une différence majeure en Inde qui explique, selon Ashok Kanshan, le manque de sensibilité de la population envers ces problèmes : "Les gens ne sont pas éduqués pour savoir que les colorants, les additifs, les pesticides peuvent, à long terme, leur enlever dix ans de vie". Un attentisme civique qui ne fait que renforcer le manque d'intérêt des politiques pour la question : "Pourquoi faire toute une histoire de quelque chose dont la population se moque?", s'interrogeait ainsi récemment un membre du gouvernement, comme le rapporte l'Indian Express.

Pourtant, il suffirait de peu pour qu'un minimum d'organisation soit possible. Car les structures existent et les lois sont bien là. "L'Inde a l'une des meilleures législation au monde en terme de contrôle de l'industrie alimentaire", souligne maître V.K.Singh, membre du cabinet d'avocats Indian Law Firms de New Delhi. Il existe en effet au moins huit législations différentes, dans des domaines très précis : les fruits, les huiles végétales, les huiles comestibles, le lait et les produits laitiers, les volailles... Mais, comme souvent en Inde, ce qu'il manque à ces texte, c'est une application effective. Car ces textes ne concernent que ce qui entre dans le cadre de l'industrie agro-alimentaire soit … 5% des fruits et légumes et seulement 15% des produits laitiers distribués dans le pays ! Les vendeurs des rues et autres échoppes sont, eux, libres de faire ce qu'ils veulent.

De plus, la FSSAI, autorité chargée de contrôler les aliments des champs à l'assiette, n'a toujours pas les pleins pouvoirs aujourd'hui. Un fait qui pourrait néanmoins changer avec l'application du « Food safety and standards Act ». Cette nouvelle loi, outre le fait de rendre enfin effectif un organisme créé en 2005, a un objectif de taille: compiler les lois concernant le contrôle alimentaire sur le territoire indien pour les rendre plus lisibles et de fait plus applicables.

Il faut néanmoins noter quelques évolutions. En juin dernier, la ministre de la Santé a annoncé que les vendeurs de fruits et légumes encouraient 6 mois de prison et 1000 Roupies d'amende pour l'utilisation de carbure de calcium, une substance chimique cancérigène qui permet de faire mûrir les végétaux plus vite, après récolte. En 2003, les groupes Pepsi et Coca-Cola avaient aussi été condamnés pour avoir utilisé dans leurs boissons de l'eau affichant des taux de pesticides bien trop élevés. Gouvernement et Justice seraient donc sur la voie d'un meilleur contrôle. Même si, dans un pays de plus d'un milliard d'habitants, il existera toujours une marge en dehors de tout contrôle.

 

 


Image of Agriculture et alimentation de l'Inde. Les vertes années (1947-2001)
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