Les Naxalites, révolutionnaires armés de la jungle indienne

On les surnomme "les rouges de la jungle indienne". Peu médiatisés en Occident, les naxalites constituent pourtant "le plus grand défi à la sécurité intérieure du pays depuis l’Indépendance", selon les termes du Premier ministre, Manmohan Singh.

La guérilla maoïste entache régulièrement de sang l'actualité indienne. La semaine dernière, encore, les guérilleros naxalites ont ainsi tués des dizaines de policiers, dans l'Etat de l'Orissa. Lourdement armés, les rebelles ont coulé leur embarcation à l'aide de roquettes et de mitrailleuses. Rien d'extraordinaire pour le pays : en quatre décennies, l'insurrection a fait des dizaines de milliers de morts, donc 834 au moins l'an dernier.

D'après les estimations, les naxalites compteraient aujourd'hui plus de 15 000 combattants, et des dizaines de milliers de sympathisants. Selon les chiffres officiels, ils sont aujourd'hui implantés dans 15 des 28 Etats de l'Union, soit plus d'un tiers des 602 districts du pays. Leur zone d'influence s'étend sur plus de 90 000 km2, de la frontière népalaise, au nord, jusqu'aux côtes du Sud-ouest. Un vaste "corridor rouge" qui recouvre en majorité des campagnes pauvres, peu peuplées, et délaissées par les autorités. Selon la propagande officielle, le mouvement envisagerait même de contrôler un tiers du territoire national d'ici deux ans, l'objectif ultime étant de marcher un jour sur New Delhi.

Perçu comme une révolte paysanne à l'idéologie d'un autre temps, le mouvement a longtemps été négligé par les autorités fédérales. La guérilla naxalite est née en 1967, quand les paysans du village de Naxalbari, au Bengale Occidental, on saisit le riz d'un grand propriétaire foncier. Le mouvement s'est ensuite étendu dans les jungles et les campagnes isolées. En 2003, rongé par les luttes intestines et malmené par les opérations anti-insurrection, il ne touchait cependant que neuf Etats. Un an plus tard, le mouvement a cependant trouvé une nouvelle vitalité avec la fusion des deux principaux groupuscules sous une seule et même bannière : le Parti communiste Indien (Maoïste).

Aujourd'hui, le mouvement se nourrit des laissés-pour-compte de "Shining India", comme on appelle le boom économique indien. Son objectif est d'entraîner une révolution populaire à partir des campagnes, d'oú une focalisation sur les plus démunis : les sans-terres, les adivasis (aborigènes), et les dalits (intouchables). Mais, ces "robins des bois", qui se financent en grande partie grâce au racket, font aussi souvent régner la terreur dans les zones qu'ils contrôlent.

A l'échelle nationale, la stratégie actuelle est à l'affrontement direct : le ministre de l'Intérieur  vient d'annoncer la création - toujours en attente de validation par le Premier ministre - d'une force de 10 000 hommes spécialement entraînés à la lutte anti-guérilla. Voilà qui risque d'aggraver l'isolement des populations vivant dans les zones de conflit, exacerbant ainsi des inégalités pourtant sources de vitalité pour les naxalites. "Exploitation, bas salaires, circonstances sociopolitiques iniques... Tout ceci contribue significativement à la croissance du mouvement naxalite", déclarait le Premier ministre lui-même en 2006 . Le récent rapport des services de renseignement identifie également le sous-développement comme le terreau majeur du mouvement, et va jusqu'à affirmer que les opérations militaires ne parviendront jamais à éradiquer l'insurrection à elles seules.

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