Les marchands ambulants de Delhi battent le pavé
Généralement méprisés par les autorités, certains vendeurs de rue de Delhi sont menacés de se voir retirer leur licence, ce vendredi. Ils manifestaient jeudi pour protester contre une décision à la fois absurde et inefficace.
Ils sont une cinquantaine, surtout des hommes, assis en cercle sur un bout de trottoir. Les poings se lèvent au rythme des slogans amplifiés par les haut-parleurs crachotants. Tantôt hilares, tantôt graves, ces " street vendors " de Delhi écoutent les orateurs qui se succèdent au micro. Sans leurs étals et leurs charrettes garnis de marchandises, ils ressemblaient jeudi à tous les autres travailleurs de la capitale. Mais en temps normal ils sont bien identifiables, vissés à leurs présentoirs de fortune, établis à un carrefour ou arpentant les rues, faisant partie intégrante du paysage urbain indien.
Ces marchands ambulants se sont rassemblés jeudi au cœur de Delhi à l’initiative de leur syndicat, le NASVI (National Alliance of Street Vendors of India), pour dénoncer le traitement qui leur est réservé par l’administration de la capitale. En effet, en dépit d’une injonction de la Cour Suprême indienne datant de 2008, qui préconisait une régularisation en masse des " street vendors ", et alors qu’ils réclament depuis longtemps qu’on leur accorde un statut légal, la municipalité a préféré adopter une politique confuse et discriminatoire, persistant à les voir comme une nuisance.
Une politique de "nettoyage "
Economie parallèle, insalubrité publique, corruption de fonctionnaires ou encore engorgement de certaines rues ou marchés, il est vrai que la présence de quelque 200 000 marchands ambulants dans la capitale, travaillant dans l’illégalité pour la plupart, peut poser problème. Mais ce qui leur est avant tout reproché est de rendre visible la pauvreté du pays. Avant les Commonwealth Games qui se sont tenus à New Delhi en octobre 2010, la plupart des marchands ambulants avaient en effet été priés de quitter la ville, en compagnie des mendiants, pour ne pas nuire à son image auprès des visiteurs.
Si beaucoup d’entre eux ont depuis retrouvé le chemin de la capitale, cette politique de " nettoyage " a fait bien diminuer leur nombre : selon la BBC, ils étaient 350 000 à la veille des jeux. 150 000 d’entre eux ont donc disparu dans la nature depuis.
Au quotidien, les " street vendors " ont du mal à travailler en paix. Pauvres et vulnérables, ils sont souvent à la merci de policiers corrompus, ou de la saisie impromptue de leurs marchandises. Leur existence répond pourtant à un vrai besoin de la population locale, puisqu’ils offrent un service quasi permanent, et accessible à toutes les bourses.
De trop rares licences
La municipalité avait semblé trouver le début d’une solution, en attribuant au compte-goutte, depuis 2009, des " Teh Bazari ", des licences permettant de vendre dans la rue. Mais l’ampleur de la mesure est restée dérisoire, puisqu’aujourd’hui seuls 3700 marchands ambulants bénéficieraient de cette licence en bonne et due forme. Et le nombre de ces vendeurs légaux va être réduit de façon aussi drastique que contre-productive, puisqu’aujourd’hui (vendredi) seront tirés au sort les 386 heureux élus qui pourront conserver leur licence. Les autres n’auront qu’à se reconvertir, quitter la capitale, ou replonger dans l ‘illégalité.
Edenté, prématurément vieilli, Vinod Kiruna explique avec fierté pourquoi il a choisi de venir à la manifestation ce jeudi. " Nous sommes là pour défendre notre droit fondamental à exercer notre métier et à gagner notre vie. " Se frappant la poitrine du doigt, il poursuit : " Je vends des sacs à main, ça fait 20 ans je travaille au même endroit, peut-être que demain je n’aurais plus le droit de revenir, que va faire ma famille ? "
L’air plus prospère, avec petites lunettes, chemise et casquette immaculées, Dinesh Kunar vend d’ordinaire des objets en verre. S’il est venu, c’est pour dénoncer le manque de considération dont sont victimes des gens qui souvent travaillent très dur. Il désigne ses compagnons : " Lui, ça fait 25 ans qu’il vend dans la rue, moi, ça fait 15 ans, certains travaillent même depuis 30 ans ! " Il attrape un homme aux cheveux blancs par les épaules " Il a commencé à l’âge de 15 ans. Ce sont des personnes âgées maintenant, qu’est ce qu‘ils vont devenir s’ils ne sont pas tirés au sort demain?"
La municipalité de Delhi n’a pour l’instant aucune réponse à leur apporter.
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princesslily2 semaines 1 jourL'Inde, j'y suis venue plusieurs fois et là je rentre bientôt de mon voyage de 6mois. Donc je pense... -
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La révolution du jasmin en Tunisie a été déclenchée à la suite du suicide d'un vendeur ambulant qui s'est immolé par le feu pour dénoncer le même genre de pratique du gouvernement tunisien à l'égard des petits commerçants illégaux comme lui !
Le souci est-il seulement la bonne image de la ville, ou s'agit-il, aussi, comme dans beaucoup de grandes villes du monde, d'une protection des commerces fixes, ou des marchés officiels, dont les acteurs payent patente?
Leclercq