Les chiens errants, fléau et victimes de la société indienne

Malgré des mesures pour limiter leur reproduction, les chiens errants sont toujours plus nombreux à peupler les villes indiennes. Porteurs de maladies et parfois violents, ils peuvent représenter une menace pour les humains qui les entourent. Mais les Indiens s'opposent sur les solutions à apporter au problème.

Vouloir protéger les chiens errants peut s'avérer risqué en Inde. Comme pour tout être mal nourri et habitué aux mauvais traitements, il arrive qu'ils aient des réactions inattendues en voyant quelqu'un les approcher d'un peu trop près. Le danger vient cependant  parfois de riverains qui n'apprécient pas forcément qu'on s'occupe de ces bêtes et voudraient s'en débarrasser une bonne fois pour toutes.

Plusieurs ONG ont donc déposé une plainte auprès de la Haute cour de Delhi la semaine dernière, jugeant qu'il devient périlleux pour ses membres de porter secours aux chiens de rues à cause de l'hostilité de certains individus.

"Il y a des militants qui se font menacer et même agresser", raconte Sonya Ghosh, fondatrice de Citizens for Welfare and Protection of Animals (Citoyens favorables au bien-être et à la protection des animaux). "Plusieurs plaintes ont été déposées auprès de commissariats locaux, mais elles restent sans réponse", regrette-t-elle. Maigre victoire, l'action en justice a entrainé l'émission d'un rappel à l'ordre à la police de Delhi, lui intimant d'assurer la sécurité des protecteurs des animaux.

Car si plus personne ne s'occupait de ces chiens errants, le chaos serait inimaginable. A New Delhi, il y en a autour de 500.000, pour environ 15 millions d'habitants. Cette impressionnante prolifération a été rendue possible par la présence de nombreux déchets dans les rues, qui leur servent de nourriture, et le taux de fécondité des femelles, qui peuvent enfanter plusieurs dizaines de chiots dans une vie.

Pour beaucoup d'Indiens, ces animaux ne sont qu'une peste bonne à propager toutes sortes de maladies. Il est vrai que la plupart des 30.000 personnes qui meurent chaque année de la rage en Inde (70% des décès dans le monde) la contractent via des canins. Car des lors qu'ils sont errants, ils deviennent plus violents et il n'est pas rare que des humains se fassent attaquer.

Territoriaux, les chiens se battent souvent pour asseoir leur espace. Les passants peuvent facilement recevoir un croc perdu lors de ces bagarres, et particulièrement les enfants curieux et moins méfiants. De plus, les femelles deviennent agressives après une mise à bas et sont capables de mordre tous ceux qui viennent trop près de leurs chiots.

La solution à ce problème, selon la plupart des associations, serait la castration. "Lorsqu'ils sont stérilisés, les chiens sont beaucoup moins violents", affirme Dr. Prabhakaran Palanichamy, un vétérinaire de New Delhi. Il travaille pour Friendicoes, une organisation qui soigne les animaux domestiques et aussi ceux trouvés dans les rues. Les quatre médecins officiant ici pratiquent environ 40 stérilisations quotidiennes.

Une fois les canidés soignés, ils doivent pourtant les remettre dehors. "La loi oblige à les relâcher, car si leur territoire reste inoccupé, cela pourrait aboutir à des combats entre chiens venus d'ailleurs, et à plus d'incidents violents", explique NG Jayasimha, responsable chez PETA India, branche locale d'une ONG internationale pour la protection des animaux.

Malgré le fait que ce soit prohibé par la loi, NG Jayasimha raconte que beaucoup de personnes tuent les animaux errants. Des riverains et même des employés de mairies, officieusement bien sûr. "Mais cela ne change rien si on ne contrôle pas les naissances et si on n'empêche pas la vente de chiens d'élevage", regrette-t-il. "Le Mahatma Gandhi a dit qu'on pouvait mesurer la grandeur d'une nation par la façon dont ses animaux sont traités. Cela veut dire que nous remontons le temps."


Image of Slum Dogs of India
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