Le journalisme d'investigation reste un jeu dangereux en Inde

Le meurtre en plein jour d’un journaliste d’investigation dans la capitale économique indienne rappelle que la politique et les affaires, lorsqu'ils sont liés aux réseaux mafieux, sont des terrains risqués pour la presse.

Jyotirmoy Dey a été abattu en plein jour par quatre hommes armés

La mafia du pétrole mise en cause

Des dizaines de journalistes sont descendus dans les rues de Bombay ce lundi pour manifester contre le meurtre de leur confrère Jyotirmoy Dey, journaliste d’investigation pour le quotidien MiD Day abattu de sang-froid en plein jour, samedi, par quatre hommes à moto. La police a publié un portrait robot d’un des meurtriers de ce vétéran du journalisme qui enquêtait entre autre sur la mafia du pétrole à Bombay.

M. Dey, qui a travaillé pendant vingt ans pour plusieurs quotidiens nationaux comme The Hinudustan Times et The Indian Express avant de devenir chef de la rubrique "investigation" (special investigations) pour MiD Day, était admiré par ses confrères de la profession pour ses enquêtes sur le milieu de Bombay. Il a d’ailleurs écrit plusieurs livres sur le sujet.

Est-il devenu soudainement gênant ? Son meurtre en plein jour, qui sonne comme un avertissement aux autres journalistes qui traitent des affaires criminelles, de la mafia mumbaïkare et de ses ramifications, laisse peu de place au doute. Mais qui gênait-il exactement ? Selon le chef du gouvernement du Maharashtra Pritviraj Chavan, plusieurs pistes pointeraient du doigt la mafia du pétrole, dernier sujet de prédilection de feu Jyotirmoy Dey.

"Le chef du gouvernement a spécifiquement affirmé que. M. Dey était sur le point de dénoncer une affaire de pétrole adultéré et que c’est peut-être ça qui a provoqué sa mort", a déclaré le journaliste Gubir Singh à la chaîne CNN-IBN. Son confrère Hussain Zaidi, ami de longue date de Jyotirmoy Dey, auteur de Black Friday, un compte-rendu détaillé des attentats de Bombay de 1993 perpétrés par la mafia musulmane de la ville, , a assuré que M.Dey n’avait pas reçu de menace avant sa mort. "Je ne sais pas qui aurait pu le tuer. Je ne sais pas s’il avait des ennemis dans le milieu", a-t-il déclaré au quotidien The Hindu.

27 journalistes tués en 20 ans en Inde

Plusieurs personnes ont été interrogées en relation avec le meurtre du journaliste, dont un officier de police de Bombay que M. Dey avait soupçonné, dans ses articles, d’avoir des liens avec la "D Company", le célèbre gang de Dawood Ibrahim, responsable entre autres des attentats de 1993. Le journaliste avait enquêté à plusieurs reprises sur la collusion entre la police et le milieu dans la capitale économique indienne.

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Le Press Club de Mumbai a rappelé que les journalistes étaient régulièrement intimidés par ceux qui sont incommodés par leurs écrits: "Le meurtre de J. Dey souligne met en lumière les menaces sérieuses que reçoivent les journalistes d’investigation, de la part de ces acteurs politiques ou du monde des affaires qui sont impliqués dans des activités illégales. D’innombrables incidents où des journalistes ont été menacés ou tabassés par des politiciens ou par la mafia locale ont été rapportés ces derniers mois".

Selon le Comité pour la Protection des Journalistes (Committee to Protect journalists), une organisation qui défend la liberté de la presse à travers le monde, 27 journalistes ont été tués en Inde ces vingt dernières années.

Alors qu’au Pakistan voisin, les journalistes politiques sont de plus en plus menacés, -comme l’a démontré le meurtre le mois dernier de Syed Saleem Shahzad, soupçonné d’avoir été tué par les puissants services secrets pakistanais- en Inde, ceux qui tentent d’exposer au grand jour les liens entre la mafia, les affaires et les politiciens s’aventurent sur un terrain des plus dangereux.

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