Le fleuve Yamuna, récit d'un désastre
06/02/2008 | Nina Roy.
La Yamuna est l’une des sept rivières sacrées d’Inde mais aussi l’une des plus sales. De l’Himalaya jusqu'à Allahabad, 57 millions de personnes l’utilisent pour irriguer leurs champs, prendre un bain, cuisiner. Mais à New Delhi, coincée entre deux barrages, la Yamuna n’est plus qu’une mare de pollution. En janvier, la Cour suprême a annoncé que les 310 millions d’euros dépensés pour nettoyer le fleuve n’avaient pas eu les effets escomptés, de quoi inquiéter la population.
La Yamuna traverse New Delhi sur 22 kilomètres où se déversent quotidiennement 200 millions de litres de déchets. Toutes les usines de textiles, de cuirs, de produits pharmaceutiques et chimiques de la ville rejettent leurs ordures non traitées dans le fleuve. Cependant, la Yamuna constitue toujours 70 % de l'approvisionnement en eau de New Delhi. Une eau pompée avant le barrage de Wazirabad situé à l'entrée de la ville, avant que la rivière ne devienne un égout geant.
La faune et la flore se nourrissant de cette eau ont quasiment disparu. "Les nappes souterraines commencent aussi à être touchées", remarque le professeur Gogate, responsable du Yamuna Biodiversity Park. Sans parler des dégâts humains : contrairement aux habitants de Delhi, les villages situés à la sortie de la ville n'ont pas accès à l'eau traitée et utilisent l'eau rendue insalubre par l'activité de la ville.
Face à ce désastre écologique, les autorités ont lancé dès 1993 le Plan d'Action pour la Yamuna qui devait permettre le nettoyage du fleuve avant 2010 et les Jeux du Commonwealth organisés à New Delhi. Mais à ce jour, le plan a déjà coûte près de 1 800 crore roupies (310 millions d'euros) et il n'a pas eu les effets escomptés. La Cour Suprême, très inquiète, a déclaré en janvier que la Yamuna n'était encore qu'un égout et qu'à ce rythme, elle ne serait jamais propre avant 2012.
Pour les militants écologistes, cet échec doit d'abord être imputé à la mauvaise appréciation du problème par les autorités nationales et locales. "En 2001, le Municipal Corporation of Delhi (MCD, mairie) a fait construire quelques centres communautaires de traitement des déchets avant leur évacuation dans la Yamuna. C'était une bonne initiative, mais insuffisante. Les centres se sont révélés incapables de faire face aux quantités croissantes de produits industriels et d'ordures ménagères", explique Govind Singh, militant de l'association DelhiGreen. "De manière générale, le gouvernement a toujours préféré rejeter la faute sur les habitants des bidonvilles peuplant les rives qui étaient soi-disant responsables de la saleté du fleuve. Les autorités se sont donc concentrées sur leur évacuation, mais ça n'a rien changé à la pollution du fleuve !", poursuit Govind.
Selon le spécialiste de l'environnement Manoj Misra, "la Yamunâ livre une bataille perdue pour sa survie face à l'avarice et à l'apathie générale". Mais les comportements semblent changer. "Avant, tout le monde se désintéressait de la Yamuna. Aujourd'hui, les médias s'en soucient. La population, via des associations, demande aux autorités où est passé l'argent. Il faut continuer à faire pression !", souligne le professeur Gogate. Un signe encourageant : il y a quelques jours une première usine a été déplacée des rives, éloignant ainsi quantité de déchets industriels. Selon la tradition, ceux qui prennent un bain dans les eaux de la Yamuna ne craignent pas la mort. Cette croyance retrouvera peut-être un jour un semblant de sens.
La faune et la flore se nourrissant de cette eau ont quasiment disparu. "Les nappes souterraines commencent aussi à être touchées", remarque le professeur Gogate, responsable du Yamuna Biodiversity Park. Sans parler des dégâts humains : contrairement aux habitants de Delhi, les villages situés à la sortie de la ville n'ont pas accès à l'eau traitée et utilisent l'eau rendue insalubre par l'activité de la ville.
Face à ce désastre écologique, les autorités ont lancé dès 1993 le Plan d'Action pour la Yamuna qui devait permettre le nettoyage du fleuve avant 2010 et les Jeux du Commonwealth organisés à New Delhi. Mais à ce jour, le plan a déjà coûte près de 1 800 crore roupies (310 millions d'euros) et il n'a pas eu les effets escomptés. La Cour Suprême, très inquiète, a déclaré en janvier que la Yamuna n'était encore qu'un égout et qu'à ce rythme, elle ne serait jamais propre avant 2012.
Pour les militants écologistes, cet échec doit d'abord être imputé à la mauvaise appréciation du problème par les autorités nationales et locales. "En 2001, le Municipal Corporation of Delhi (MCD, mairie) a fait construire quelques centres communautaires de traitement des déchets avant leur évacuation dans la Yamuna. C'était une bonne initiative, mais insuffisante. Les centres se sont révélés incapables de faire face aux quantités croissantes de produits industriels et d'ordures ménagères", explique Govind Singh, militant de l'association DelhiGreen. "De manière générale, le gouvernement a toujours préféré rejeter la faute sur les habitants des bidonvilles peuplant les rives qui étaient soi-disant responsables de la saleté du fleuve. Les autorités se sont donc concentrées sur leur évacuation, mais ça n'a rien changé à la pollution du fleuve !", poursuit Govind.
Selon le spécialiste de l'environnement Manoj Misra, "la Yamunâ livre une bataille perdue pour sa survie face à l'avarice et à l'apathie générale". Mais les comportements semblent changer. "Avant, tout le monde se désintéressait de la Yamuna. Aujourd'hui, les médias s'en soucient. La population, via des associations, demande aux autorités où est passé l'argent. Il faut continuer à faire pression !", souligne le professeur Gogate. Un signe encourageant : il y a quelques jours une première usine a été déplacée des rives, éloignant ainsi quantité de déchets industriels. Selon la tradition, ceux qui prennent un bain dans les eaux de la Yamuna ne craignent pas la mort. Cette croyance retrouvera peut-être un jour un semblant de sens.
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