A La Rochelle, "le cinéma indien, ce n'est pas que Bollywood"

Les réalisateurs indiens invités cette semaine au festival international du film de La Rochelle, défendent un cinéma indépendant plus proche de la réalité de leur pays que les productions sucrées de Bombay.

"On nous dit toujours que le cinéma indien a de belles couleurs. On ne peut pas les nier, mais nous essayons d'aller au-delà des couleurs et de vraiment montrer comment sont les choses", résume Umesh Kulkarni, l'une des figures de proue du nouveau cinéma indien dont deux longs-métrages et deux courts font salle pleine à La Rochelle pour la 38ème édition du festival de cinéma de la ville. 

Le réalisateur de 34 ans s'est fait connaître grâce au succès rencontré dans son Etat du Maharashtra par son premier long-métrage, "The Wild Bull" (2007), financé par "des amis et la famille" faute d'avoir trouvé un producteur. "Il est resté à l'affiche six mois, cela nous a donné confiance et nous a conforté dans le fait que nous devions raconter nos propres histoires", souligne-t-il.

Suman Mukhopadhyay, metteur en scène pour le théâtre au Bengale-occidental devenu réalisateur pour le cinéma, remarque, avec un brin d'ironie, que "ce +non-Bollywood cinéma+ est en train de devenir un genre en soi".

Le cinéma indien indépendant, reposant sur un financement privé régional, peut "donner à voir quelque chose de notre pays qui est un peu caché par Bollywood", ajoute-t-il. "Notre pays est plus complexe que ça, nous sommes dans un pays en développement, avec des thématiques que nous voulons montrer", dit aussi celui qui montre à La Rochelle son second long-métrage, "Four Chapters".

Bollywood, ses grands studios, son "star system" et ses films en hindi, avec ses passages chantés et dansés d'abord destinés à divertir mais s'en tenant à une vision assez formatée de l'Inde, tend à s'imposer comme la seule norme exportée hors des frontières indiennes, regrettent ces réalisateurs.

Les films régionaux, qui représentent pourtant plus des trois-quarts des quelque 1.200 films produits chaque année en Inde selon Suman Mukhopadhyay, ont eux du mal à être distribués hors de leur Etat d'origine. Tournés généralement dans l'une de la vingtaine de langues officielles, ils n'ont pas les moyens d'être sous-titrés pour pouvoir être projetés ailleurs.

Les festivals, comme celui de La Rochelle, restent donc l'une des rares possibilités de découvrir "ce jeune cinéma d'auteur" abordant des sujets de société comme le suicide des paysans ou le problème lié aux castes, selon la journaliste Barbara Lorey de Lacharrière, une spécialiste du cinéma indien.

"Ce qui nous différencie de Bollywood, ce ne sont pas tant les thèmes abordés que la perspective. Pour nous, l'important est de donner un point de vue, un regard", confirme Anjali Menon, jeune réalisatrice du Kérala, estimant important que ce cinéma aussi voyage en dehors des frontières indiennes.

 "Nous, la génération contemporaine, notre regard est tourné vers ce qui se fait au Mexique, en Europe, etc. Nous regardons ce qui se fait sur un plan esthétique mais aussi, de façon plus prosaïque, ce qui marche au niveau marketing, distribution", renchérit Suman Mukhopadhyay, dont l'un des films a également été projeté la semaine dernière dans un festival de Munich.

 

Festival International du Film de la Rochelle
Du 2 au 11 juillet

 


Image of Indian Popular Cinema: A Narrative of Cultural Change
Manufacturer: Trentham Books Ltd
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Price: EUR 24,97
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