L’Inde et ses toilettes, un "je t'aime moi non plus"

Le voyageur en Inde le sait bien : trouver des toilettes est souvent un parcours du combattant. Et pour cause : plus de la moitié des Indiens eux-mêmes n’y ont pas accès. La situation, qui pose de graves problèmes de santé, est complexe à résoudre. C’est à la fois une question de moyens et de mœurs.

Ceux qui ne construiront pas de toilettes n'auront plus accès ni aux emprunts ni à la part de céréales sur leur carte de rationnement. Ainsi en a décidé l'administration du district de Pune pour contraindre les villageois à installer des commodités chez eux. Cette croisade pour les toilettes semble plutôt cocasse. Pourtant, elle est symptomatique d'un problème sanitaire colossal en Inde.

Il faudrait construire dans le sous-continent près de 78 toilettes à la minute, plus d'un par seconde, pour atteindre les objectifs de développement du millénaire, établis par l'ONU. D'après un récent rapport de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), près d'un Indien sur deux n'y a toujours pas accès.

La question n'a rien d'une obsession occidentale ou d'une simple question de confort. Toujours selon l'OMS, 80% des maladies diarrhéiques seraient dues à la contamination de l'eau par les excréments.

Les premières à en pâtir sont les femmes qui sont obligées d'attendre la nuit pour préserver leur intimité. Quand elles ne sont pas victimes d'un serpent ou d'un scorpion, elles développent bien souvent sur le long terme des maladies urinaires, rénales ou digestives. L'existence des scavengers, ces Indiens intouchables qui ramassent les excréments, illustre également ce manque criant d'installations sanitaires.

Au final, entre les soins et le manque à gagner que représentent les malades et les gens qui meurent faute de toilettes, ce sont 191 millions d'euros que perd chaque année l'État indien.

Le gouvernement a adopté quelques mesures comme des subventions aux particuliers ou un prix de plusieurs millions de roupies, le Nirmal Gram Puraskar, qui est décerné aux villages dits "propres", c'est à dire intégralement équipés de toilettes. 5000 villages sur 600 000 ont été récompensés, mais pas un n'a réellement réglé le problème. Les toilettes construites sont pour beaucoup incomplètes, inutilisées et terminent parfois en abris pour les animaux…Trop habitués à faire leurs besoins à ciel ouvert, les Indiens, plus que les Indiennes, se montrent extrêmement réticents à l'usage de WC.

La vallée de l'Indus est pourtant l'une des premières régions du monde à s'être équipée de toilettes. Dès 2500 av JC existait dans le sous-continent un système des plus modernes qui évacuait les excréments avec de l'eau dans des canaux en pierre. Depuis, la situation s'est sans cesse dégradée. Le taux d'équipement en toilettes dans l'Inde rurale a même encore diminué ces dernières décennies.

"La motivation est très importante. Il ne suffit pas de payer pour les briques, il faut aussi des stratégies d'incitation", déclare dans un article du Monde Shyama Ramani, fondatrice de l'association Friend-in-Need Trust. FINT a mis en place avec succès de telles stratégies dans des villages d'Inde du Sud pour que justement les toilettes se soient pas seulement la maison des chèvres…

Un petit tour par le musée des toilettes de New Delhi peut être profitable. Sulabh International, l'organisation non gouvernementale d'aide aux scavengers, l'a pensé comme un moyen ludique d'éduquer le public.

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