L’incroyable arrestation d’un chef séparatiste indien

Le chef de l’Ulfa Arabinda Rajkhowa, qui s’était soi-disant rendu aux autorités indiennes, aurait en réalité été piégé par un agent infiltré alors qu’il tentait de s’enfuir en Birmanie. Récit.

"Je ne me suis pas rendu et je ne me rendrai jamais". Cette déclaration lancée par Arabinda Rajkhowa à sa sortie du tribunal samedi, à Guwahati (Etat de l'Assam, nord-est) explique aujourd'hui mieux les conditions de sa récente arrestation.

Le fondateur et leader du Front uni pour la Libération de l'Assam (Ulfa), dont le gouvernement indien avait annoncé la rémission, vendredi dernier, aurait en réalité été arrêté au Bangladesh, après avoir été piégé par des agents des services de renseignements indiens alors qu'il tentait de franchir la frontière birmane avec sa famille et deux de ses lieutenants.

L'opération aurait pu inspirer Hergé pour une aventure de son petit reporter globe-trotter à houpette. Selon le quotidien Indian Express qui a révélé les détails de la cavale, les services secrets indiens aurait eu bruit des projets de fuite d'Arabinda Rajkhowa dès le début du mois de novembre, lors de l'arrestation de deux cadres de l'Ulfa, eux aussi réfugiés au Bangladesh.

C'est ce qui aurait poussé le chef historique de l'Ulfa à activer des contacts afin de préparer son départ du pays, où il vit caché depuis presque vingt ans. Les oreilles attentives des services de renseignements indiens auraient ainsi eu vent du projet, qui consistait à rejoindre la Birmanie en bus à partir de la ville de Chittagong et de s'envoler ensuite pour Bangkok.

Un agent des services secrets, qui se serait fait passer pour un "contact local", aurait alors intercepté le convoi Rajkhowa juste avant le départ pour la frontière. Le faux contact aurait réussi à convaincre le chef de l'Ulfa que des "4x4 Toyota" avaient été mis à disposition du groupe, lui évitant un pénible trajet en bus.

Arabinda Rajkhowa se serait d'abord montré méfiant, soupçonnant qu'on lui tendait un piège, selon l'Indian Express, mais aurait  finalement été convaincu par l'agent de monter à bord des véhicules. Le groupe aurait alors rapidement été encerclé par d'autres membres de l'opération. Arabinda Rajkhowa, ses deux lieutenants et sa famille ont ensuite été conduits jusqu'à la frontière indienne, dans l'Etat du Meghalaya avant d'être transférés à Guwahati. 

L'arrestation du fondateur de l'Ulfa est symbolique de l'affaiblissement de l'organisation séparatiste depuis quelques années. Sanctuaire de longue date pour ses cadres, le Bangladesh est devenu risqué pour les rebelles depuis les dernières élections dans ce pays voisin de l'Inde. Le gouvernement de Sheikh Hasina, élu en février dernier, a en effet assuré New Delhi de son soutien concernant la traque des insurgés sur son territoire. Plusieurs d'entres eux ont effectivement été arrêtés cette année, d'autres se sont enfui en Birmanie.  

Mais la détention de son chef ne signe pas –du moins pas encore- l'arrêt de mort de l'Ulfa. Le puissant chef des opérations militaires de l'organisation, Paresh Barua a qualifié le refus d'Arabinda Rajkhowa de se rendre comme une "victoire morale", dans un email envoyé aux médias dimanche. Paresh Barua serait, selon plusieurs sources, en passe de restructurer l'Ulfa.

Des pourparlers entre le groupe armé séparatiste et le gouvernement indien avaient eu lieu à deux reprises, en 1992 puis en 2006, mais l'Ulfa a toujours refusé d'abandonner la lutte armée et de revenir sur sa politique sécessionniste. L'organisation  est responsable de nombreux attentats qui ont fait plus de 10 000 morts en Assam depuis 25 ans.


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