L’exposition Paris-Delhi-Bombay… interroge l’Inde contemporaine à Beaubourg

Depuis un mois, le centre Pompidou accueille l’exposition Paris-Delhi-Bombay… A travers les œuvres d’une cinquantaine d’artistes contemporains indiens et français, elle tente de capturer l’Inde d’aujourd’hui. Visite guidée et réactions du public.

Une visiteuse de l'exposition devant une oeuvre d'Atul Dodiya ©Nina Almberg

Un bon aperçu de l’Inde actuelle

Un mur recouvert de claviers et de souris d’ordinateurs, pendants à des fils électriques au milieu d’autres composants informatiques. La première œuvre à laquelle est confronté le visiteur de l’exposition Paris-Delhi-Bombay… fait penser aux informaticiens indiens et à Bangalore, temple de la modernité technologique du sous-continent. L’artiste, Krishnaraj Chonat, traite en fait dans cette installation du recyclage des déchets électroniques qui exposent des ouvriers indiens à des substances toxiques. Dans tous les cas, le visiteur est directement plongé dans des questions qui touchent l’Inde contemporaine.

L’objectif de l’exposition Paris-Delhi-Bombay… : interroger l’Inde d’aujourd’hui. Pour cela, six thématiques sont retenues : la politique, la religion, l’identité, l’urbanisme, l’artisanat et le foyer. Après le mur de déchets informatiques, un espace documentaire circulaire attend le visiteur. Des panneaux explicatifs, composés de textes didactiques, de graphiques, de films, s’arrêtent sur chacun des thèmes.

"Les grandes lignes ça peut toujours avoir un côté caricatural pour ceux qui sont du pays", reconnaît la commissaire de l’exposition Sophie Duplaix. Mais pour cette dernière, ces explications sont nécessaires et bien reçus par un public connaissant peu ou mal l’Inde. Alice, venue à l’exposition avant tout pour découvrir le sous-continent, reconnaît avoir "passé le plus de temps dans cet endroit documentaire, qui donne un bon aperçu de l’Inde actuelle".

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Avec un sujet aussi large, les œuvres exposées frappent par leur diversité. Le visiteur passe d’un roman-photo sur un homosexuel indien explorant sa sexualité dans le Paris gay à un squelette en résine prenant la forme d’une moto Royal Enfield. Parmi les œuvres marquantes, on peut retenir l’imposante installation de Subodh Gupta, uniquement composée de vaisselles en inox rutilant. Tiffins et autres ustensiles quotidiennement utilisés en Inde s’amoncellent dans un espace rectangulaire. Moins spectaculaire mais tout aussi surprenant, Le Regard de Leandro Erlich. Dans un angle est aménagée une chambre typiquement parisienne, mais à la fenêtre, là où l’œil s’attend à distinguer des immeubles haussmanniens, une rue indienne animée et bruyante.

Une dimension culturaliste

Parmi la cinquantaine d’artistes sollicités pour cette exposition, un tiers environ sont français. Parmi eux, certains se sont rendus en Inde pour l’occasion, mais d’autres "ont décidé qu’ils regarderaient l’Inde d’ici" explique Sophie Duplaix. C’est le cas de Stéphane Calais qui cherche à mener dans ses dessins à l’encre de Chine, Inde au noir, une réflexion sur l’orientalisme, les stéréotypes et l’imagerie occidentale sur l’Inde.

Pour Constantin, un visiteur de l’exposition, "il y a une dimension culturaliste dans le thème de cette exposition". Une remarque qui fait écho à l’absence d’Anish Kapoor, à l’honneur au même moment au Grand Palais. Jean de Loisy, le commissaire de l’exposition Monumenta explique que l’artiste "considère qu’être indien ne résume pas son travail ; et que ce serait le réduire à un niveau d’interprétation que de le considérer comme issu seulement de cette culture et que son travail a une vocation plus universelle". Il poursuit : "c’est une question qu’on peut se poser à l’égard de toutes les expositions qui essaient de faire le tour d’une culture, de rassembler les artistes sous un angle culturel".

Entre diversité des thèmes abordés et large place consacrée à l’aspect documentaire, Paris-Delhi-Bombay… est une exposition qui peut s’appréhender de différentes manières. D’ailleurs, Alice pense s’y "rendre une deuxième fois, pour arrêter de rechercher le côté documentaire et se concentrer sur les œuvres elles-mêmes".

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Portrait de Marie-Laure de Cazotte

Outre son objet - qui reste à cerner, l'exposition de Pompidou soulève de nombreuses questions. Sur quelle base, par qui et avec quel objectif les oeuvres ont-elles été sélectionnées? Qui a fait le choix des documentaires et textes dans la partie centrale de l'exposition? Quel est l'état d'esprit qui sous-tend un concept comme celui-là? Tandis que l'exposition Indian Highways de Lyon - dont le commissariat est assuré par une équipe internationale, révèle les grandes lignes de force de la créativité et de la société indienne, celle de Pompidou obscurcit; nous ne sommes ni en Inde, ni en France mais dans un univers à l'usage d'une poignée de personnes. Cela ne me parait pas être à la mesure de la mission du Musée National d'Art Moderne.



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