L’affaire Radhika ébranle les milieux étudiants

Voilà une semaine que le meurtre de cette jeune fille fait la une des journaux nationaux. L’enquête policière piétine et les étudiants réclament justice. Parce qu’une femme assassinée à Delhi n’est pas qu’un fait divers, mais un phénomène de société.

Aucun cours n’avait lieu samedi matin sur le campus sud de l’Université de Delhi. Pourtant, huit étudiants répétaient une saynète dans un jardin. Dans la soirée, ils joueront l’histoire de Radhika, qu’ils n’ont jamais connue, à Connaught Place, un lieu très fréquenté de la capitale.

Le 8 mars dernier, alors que le monde entier célébrait la journée de la femme, cette jeune fille, étudiante de 21 ans, a été sauvagement abattue d’une balle dans la tête, en pleine rue. Il était 10h30 du matin, la jeune fille se rendait en cours, comme tous les jours. Mais son meurtrier, un admirateur éconduit, n’a pas hésité à tirer au milieu d’une foule indifférente et craintive à la fois.

"Si notre message est entendu seulement par quatre ou cinq personnes, alors nous aurons gagné"
, expliquait samedi le "metteur en scène" Asad Ahmed. Celui qui joue Ram Singh, le tueur présumé de Radhika, arrêté par la police vendredi 11 mars, se voulait lucide : "Si les caméras n’arrivent pas à temps, la police, qui nous a accordé une autorisation, évacuera vite le public".

Un viol toutes les 18 heures

Depuis ce 8 mars, les étudiants indignés de nombreux établissements de la capitale descendent dans les rues crier leur colère. "Nous ne visons pas un seul responsable, mais la police, les témoins et les politiques, qui sont tous coupables", explique Vaibhan Chadha, étudiant. "Nous demandons plus de sécurité aux abords des universités", s’exclame un autre, qui souligne aussi que le cruel manque de transport à plusieurs endroits de la ville rend les femmes plus vulnérables.

"C’est une honte pour l’administration, et pour nous habitants de la capitale"
, s’emporte Kriti Wadhera, ancienne vice-présidente du Syndicat étudiant de l’Université de Delhi (Delhi University Student’s Union, DUSU). "Quelle image donne-t-on aux nombreux touristes qui viennent visiter Delhi ?".

La colère estudiantine est d’autant plus forte que le cas de Radhika Tanwar est loin d’être inédit. Il s’ajoute à la longue liste des violences que subissent les femmes de la capitale : harcèlements, agressions sexuelles, viols, crimes passionnels. Selon un récent rapport de la police de Delhi, une femme serait violée toutes les 18 heures. "Elle a agonisé pendant vingt minutes par terre, sans que personne ne bouge, s’énerve Kriti. Si elle avait été transportée à l’hôpital plus tôt, elle aurait survécu".

Récupération politique ?

Cette étudiante en sciences politiques ne cache pas que l’affaire n’est pas seulement sociétale. "Nous avons été les premiers à appeler à manifester, dès le soir du meurtre", souligne la militante. Son organisation, le DUSU, est un syndicat très influent, affilié au Congrès, le parti au pouvoir. De la même manière, le BJP, principal parti d’opposition, dispose lui aussi d’un puissant syndicat étudiant, l’ABVP, tout aussi mobilisé autour de l’affaire Radhika. "Ces organisations sont très visibles parce qu’elles pensent aux élections, lance une étudiante. Mais dans un cas comme celui-là, ce serait injuste de dire qu’il y a récupération politique".

Les caméras n’ont pourtant pas manqué le rendez-vous. Sous un porche du campus se tient une cérémonie en hommage à Radhika. D’une voix austère, une journaliste interroge un à un les jeunes présents dans le petit cortège. L’émotion semble presque travaillée. Les caméras remballées, chacun se débarrasse du cierge consumé et vaque à ses occupations. Rohit Chahal, secrétaire général de l’ABVP, continue, lui, de serrer des mains.

Peggy Bruguière (CFJ)*

*Les étudiants du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) de Paris sont en Inde du 7 au 18 mars pour réaliser des reportages à New Delhi et dans les environs. Pour avoir accès à tous leurs articles, cliquez sur www.delhiplanet.fr





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