Inde: les violences inter-ethniques de l'Assam ou la mise en péril de l'unité du pays?

Depuis le 20 juillet, des violences opposant l’ethnie bodo et des musulmans ont fait 80 morts et entraîné l’exil de 400 000 personnes, dans l'Etat de l'Assam, dans le nord-est du pays. Jamais, depuis son indépendance en 1947, l’Inde n’avait vécu une telle catastrophe humanitaire.

Par ailleurs, 15 000 personnes originaires de l'Assam ont fui, par voie ferroviaire, plusieurs villes du Sud et de l'Ouest, dont Bangalore et Bombay, suite à des rumeurs selon lesquelles les Assamais risquaient d'être attaqués par des musulmans après la fin du ramadan, le 20 août.

Les violences inter-ethniques de l'Assam risquent-elles de déborder sur d'autres Etats de l'Inde et de mettre l'unité du pays en péril?

L’origine des conflits inter-ethniques de l’Assam

Les conflits inter-ethniques qui ont éclaté depuis le 20 juillet, dans l'Etat indien de l'Assam, entre la tribu des Bodos et les Musulmans originaires du Bangladesh, sont le résultat d'une escalade de la violence qui s'est installée depuis plusieurs années entre les groupes armés des deux clans.

L’animosité qui existe entre les autochtones et les musulmans s’explique en grande partie par des litiges de propriété. Les Bodos sont un peuple d’agriculteurs majoritairement hindouistes et animistes. Ils louent des terres aux Musulmans immigrés du Bangladesh, qui sont arrivés en Inde par vagues d’immigrations successives, dont la première date de l’occupation britannique pour booster l’agriculture du pays. Les Bodo, ainsi que d’autres tribus locales, se sont cependant toujours sentis spoliés de leurs terres par les immigrants musulmans arrivés en masse en 1970 et ils craignent de devenir minoritaires sur leur territoire. L’absence de titres de propriété complique bien évidemment la situation.

Les colons musulmans accusent quant à eux l’administration bodo de les reléguer au rang de citoyens de seconde zone, alors qu’ils s’estiment descendants des Bengali amenés de force lors de l’occupation britannique et se sentent par conséquent aussi indiens que les autres tribus ethniques de l’Assam. Ils en ont eu assez d'être considérés comme des immigrés clandestins et se sont, par conséquent, organisés en groupes de pression, parfois armés, afin de faire valoir leurs droits, suscitant la colère des Bodos.

En 2003, le Gouvernement fédéral octroya l’autonomie administrative aux territoires bodo, constitués de quatre districts à l’intérieur de l’Assam (districts de Kokraghar, Chirang, Baksa et Udalguri). Cet accord était censé calmer les velléités séparatistes des groupes armés bodo, mais il ne parvient pas à les éteindre, puisque des factions réclament, encore aujourd'hui, la constitution d’un Etat bodo, le « Bodoland ».

Certains Bodos et hommes politiques attribuent le regain de violence qui a provoqué la catastrophe humanitaire qui sévit actuellement dans l'Assam, à l'augmentation de l’afflux de Musulmans bengladeshis, notamment liée à l'accroissement de la pauvreté et aux inondations dont le Bangladesh est victime. Les politiciens de l'Assam reprochent d'ailleurs au gouvernement fédéral de ne rien mettre en oeuvre pour endiguer ces immigrations clandestines. Selon la police locale, ce serait cependant le meurtre de quatre jeunes, dans le district de Kokrajhar (à majorité Bodo), qui aurait été l’événement déclencheur des violences inter-ethniques qui ont éclaté entre le 20 et 26 juillet: des Bodos armés auraient attaqué des Musulmans, en représailles du meurtre des jeunes de Kokrajhar, en suspectant qu'ils étaient à l'origine de ce massacre. Peu après, des groupes armés non identifiés, aussi bien d'origine bodo que musulmane, ont commencé à incendier des maisons, des écoles et à ouvrir le feu avec des armes automatiques sur les civils.

Le 24 juillet 2012, l’Etat federal a déployé 13 colonnes de l'Armée indienne et des unités para-militaies pour mettre fin à ces conflits qui ont déjà fait 80 morts et 400.000 déplacés (originaires de 400 villages et regroupés dans 270 camps de réfugiés), principalement dans les districts de Kokraghar (district Bodo et l'épicentre des émeutes), Chirang (district Bodo) et Dhubri (district de l'Etat indien de l'Assam). VOIR CARTE EN ATTACHEMENT

Les conflits du nord-est de l’Inde ont provoqué un exode des Assamais du sud de l’Inde craignant des représailles de Musulmans

Des milliers de personnes originaires de l’Assam (la presse locale parle de 15000 personnes), ont fui plusieurs villes de l’Inde du sud et de l’ouest(Bangalore, Pune, Chennai, Mumbai), de crainte d'être la cible d'attaques inter-ethniques.

 Ces départs précipités font suite à des rumeurs qui se sont propagées via les réseaux sociaux sur internet et les téléphones portables, selon lesquelles la population originaire de l'Assam (nord-est) risquait d'être attaquée par des Musulmans, après la fin du Ramadan, le 20 août. 
Ils sont également la suite de différents évènements qui se sont déroulés à Pune (attaque d'étudiants assamais par des Musulmans) et à Mumbai (bagarres entre Musulmans et Assamais lors d'une manifestation).

Pour la deuxième nuit consécutive, des trains supplémentaires ont été affrétés au départ de Bangalore (sud) pour répondre à l'afflux d'Indiens originaires de l'Etat de l'Assam voulant rentrer chez eux de toute urgence. La police à Bangalore a quant à elle tenté de déceler la source des messages anonymes qui ont propagé la rumeur de représailles. Les opérateurs de téléphonie mobile ont reçu l'ordre de bloquer immédiatement l'envoi de textos pour des messages adressés à plus cinq personnes à la fois, et ce, pour une durée de 15 jours.

C’est à Bangalore, la “Silicone Valley” de l’Inde, qui compte le plus grand nombre de personnes originaires du nord-est du pays, travaillant comme ouvriers ou gardiens de bâtiments, que le flux de l’exode a été le plus important.

Ce vendredi 17 août, le premier Ministre indien, Manmohan Singh, a declaré devant le Parlement qu’il était inquiet de l'exode précipité des milliers d'Assamiens vivant à Bangalore. Il est allé jusqu'à estimer que l'unité de l'Inde était "en jeu" et il a prié la population de cesser de faire circuler de fausses rumeurs destinées à déstabiliser l’unité du pays.

Aucune violence d’originine ethnique n’a jusqu’à présent été enregistrée à Bangalore mais, si les rumeurs devaient continuer à se répandre, il n’est pas impossible que des heurts éclatent entre Musulmans et Hindous.

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Portrait de galanga

article : "Peu après, des groupes armés non identifiés, aussi bien d'origine bodo que musulmane, ont commencé à incendier des maisons, des écoles et à ouvrir le feu avec des armes automatiques sur les civils."

J'en mets ma main à couper : il y a une troisième force à l'œuvre, dont le but est d'attiser la haine et l'anarchie. Peut-être en analysant " à qui profite le crime ", on pourrait comprendre qui souffle sur les braises.

(merci de cet article, clair et sérieux).



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