En Inde, les enfants des rues aux mains calleuses rêvent d'école

Malgré la gratuité de l’école entre 6 et 14 ans en Inde, de nombreux enfants pauvres continuent de travailler, afin de subvenir aux besoins familiaux. Les chances pour les plus démunis d’avoir accès à une véritable éducation restent minimes.

L'école Aviva's Street, gérée par Save the Children, prépare les enfants des rues à une scolarisation normale ©AFP

A 14 ans, Deepchand devrait être en train de suivre les cours mais il est profondément endormi à même le sol de son école de New Delhi, épuisé par son travail matinal de collecte des ordures. Donner une éducation à ces enfants des rues constitue l'un des grands défis de l'Inde. Abandonné par sa mère et orphelin de père, il commence sa journée deux heures avant l'aube pour ramasser dans les rues tout ce qui peut lui rapporter un peu d'argent: bouteilles de plastique, canettes de soda ou objets en métal.

Deepchand, qui utilise le sac plastique dont il se sert pour les ordures comme sac de couchage qu'il étend sur le trottoir une fois la nuit tombée, est élève à l'école Aviva's Street, un programme géré par l'organisation humanitaire Save the Children. Ce programme cible les enfants des rues comme Deepchand pour les préparer à une scolarisation normale.


"Les parents sont focalisés sur l’argent pour survivre"

"C'est parfois difficile de leur faire classe, ils sont tellement fatigués", témoigne Pradeep Kumar, qui travaille sur ce programme, en contemplant Deepchand, endormi, aux mains déjà calleuses.
Réussir à donner une éducation aux millions d'enfants des rues est l'un des plus gros défis du gouvernement qui a des difficultés à faire appliquer sa loi pour le droit à l'éducation (Right to Education Act), votée voici juste un an.

De nombreux parents pauvres, qui dépendent de l'argent que leur apportent leurs enfants, ne voient pas l'intérêt d'éduquer leur progéniture. "Mon père dit: + deviens chiffonnier+ mais moi je veux aller à l'école", confie Suleiman, un petit garçon de 9 ans qui suit les cours de cette école, membre d'un réseau mondial financé par le groupe d'assurances Aviva.

"Les parents sont tellement focalisés sur l'argent pour survivre que la valeur de l'éducation n'a pas de sens pour eux", relève l'enseignante Nivedita Chopra. "Mais s'ils sentent que cela peut finalement se traduire par une meilleure vie pour eux, ils peuvent peut-être changer d'avis", espère-t-elle.

Parmi les élèves, certains sont déjà allés à l'école, d'autres non. "Nous devons apprendre à certains d'entre eux des choses très basiques, comme la façon de tenir un crayon", dit Rekha, une autre enseignante.


Une loi cosmétique

La loi sur l'éducation stipule que tous les Etats indiens doivent désormais fournir une éducation gratuite à chaque enfant âgé de 6 à 14 ans, mais son application est loin d'être facile.
Les gouvernements locaux, en charge de l'éducation, s'opposent à tout changement non financé par le gouvernement fédéral. Seuls cinq Etats sur 29 -- l'Andhra Pradesh, l'Arunachal Pradesh, l'Orissa, le Sikkim et Manipur -- ont pris des mesures préliminaires pour appliquer la loi qui vise à scolariser au total dix millions d'enfants.

"C'est pour l'instant une loi uniquement cosmétique. Rien n'a vraiment changé sur le terrain"
, déplore Umesh Kumar Gupta, un conseiller au sein de l'organisation caritative National Coalition for Education. Car même si des enfants comme Deepchand et Suleiman vont à l'école, leurs chances d'avoir accès à une vraie éducation sont minimes.

Image of The Weight of Silence: Invisible Children of India
Manufacturer: Dog's Eye View Press
Part Number:
Price: EUR 15,61

La pénurie d'enseignants est estimée à 1,4 million dans tout le pays et les classes bondées sont devenues la norme. Des Etats comme l'Uttar Pradesh, le plus peuplé d'Inde, souffrent de plus de 200.000 vacances de postes d'instituteurs, selon l'organisation Right to Education Forum.

L'absentéisme des enseignants, estimé à environ 25%, est une plaie supplémentaire. Et de nombreux enfants "n'apprennent rien de substantiel" parce que les enseignants sont nommés sans "aucune attention aux qualifications de base", regrette Krishna Kumar, professeur d'éducation à l'université de Delhi.

Selon les experts, la jeunesse indienne -- la moitié de la population de 1,2 milliard d'habitants a moins de 25 ans -- pourrait être un formidable moteur du développement économique mais elle pourrait aussi devenir une menace si le gouvernement échoue à offrir une éducation aux plus jeunes.

5


5
Portrait de jadugar
5

Hélas, l'Inde fait aussi tout pour empêcher des volontaires enseignants étrangers de venir mettre leurs qualifications au service de sa population !
Depuis 2010, elle exige en effet un permis de travail pour se mettre au service d'une ONG !!! Les formalités d'obtention d'un tel permis sont faites pour décourager même les plus déterminés ... et que dire quant aux chances de les voir aboutir ...
Personnellement, c'est un déchirement car j'ai pu constater lors de missions précédentes à quel point les enfants indiens sont demandeurs ...
Mais, rien n'est fait pour les sortir de leurs conditions ...
Et parfois, on arrive à se demander s'il est bien de leur entrouvrir une fenêtre sur un monde et une vie qui sont à des années lumières de leurs quotidiens.
C'est tellement injuste et révoltant !
Il y a tellement d'espoirs déçus, de frustrations naissantes et de rêves brisés ...
Que l'Inde des nantis prenne garde car elle est assise sur un volcan ...
Il pourrait bien un jour se réveiller ...
D'ailleurs, les premiers soubresauts se sont déjà manifestés ...



Portrait de CFPE
5

Le souci de certaines familles de ne pas se priver d'un revenu en envoyant leur enfant à l'école est compréhensible. Cependant il existe des solutions pour permettre aux enfants de suivre une scolarisation régulière tout en ne pénalisant pas économiquement la famille : le parrainage. Au CFPE (Centre Français de Protection de l'Enfance - www.cfpe.asso.fr) plus de 2200 jeunes Indiens et Indiennes sont ainsi accompagnés jusqu'à leur autonomie par des Parrains et Marraines. Grâce au parrainage, ces enfants des bidonvilles mais aussi de la campagne indienne peuvent manger à leur faim, être soignés, aller à l'école en toute sérénité et apprendre un métier. Les parrains et marraines contribuent ce faisant au soutien de leur famille et au développement de leur communauté... En attendant que la société indienne plus fortunée prenne enfin le relais !



Portrait de lee

4 milliards pour acheter des avions de transport de troupes ....yapa l argent ??



Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires