En Inde, la presse écrite payante ne connait pas la crise

La presse écrite dans les pays occidentaux subit l'une des pires crises de son histoire. Mais en Inde, elle est en plein boom, portée par une économie florissante, l'expansion de la classe moyenne et surtout l'augmentation exponentielle du nombre de personnes sachant lire.

Les quotidiens indiens ne sont pas encore confrontés à la concurrence d'internet ©AFP

L'Inde compte actuellement 2.700 quotidiens payants, soit 44% de plus qu'en 2005, selon un rapport de l'Association mondiale des journaux. Le pays devance ainsi les Etats-Unis (1.397 titres) et la Chine (1.000). Il occupe aussi la place de numéro un mondial en terme de tirage, après avoir dépassé la Chine en 2008.

"En Inde, nous avons une amélioration du niveau d'éducation et du pouvoir d'achat. Il y a une vraie soif d'apprendre chez les Indiens", déclare à l'AFP Bhaskar Rao, directeur du centre d'études des médias de New Delhi. La télévision, qui existe dans 125 millions de foyers, "semble n'être qu'un amuse-gueule pour les Indiens. Après avoir regardé les informations aux infos du soir, ils veulent en savoir plus en lisant les journaux le lendemain", ajoute-t-il.

The Times of India: 4 millions d'exemplaires par jour

Pour le moment, les journaux indiens ne sont pas confrontés à l'internet, accusé parfois d'être le fossoyeur de la presse écrite payante. L'Inde ne compte encore que peu d'internautes ("seulement" 55 millions) en raison du coût de la connection et du manque d'infrastructures.

Les quotidiens indiens sont par ailleurs vendus à un prix souvent inférieur à quatre roupies (7 centimes d'euro), autorisant les ménages de la classe moyenne à s'abonner à plusieurs titres.

La publicité est la principale source de revenus pour ces quotidiens, et il leur faut donc un lectorat le plus large possible pour convaincre les publicitaires de placer leurs annonces chez eux. Le plus grand journal anglophone est indien: The Times of India tire chaque jour à 4 millions d'exemplaires, à un prix dix fois supérieur à celui de ses concurrents en langue hindi, grâce à un lectorat qui appartient aux classes les plus fortunées.

Un formidable réservoir de lecteurs

Mais ces dernières années, le boom de la presse écrite s'est nourri de l'augmentation du nombre de personnes sachant lire et écrire. Ce nouveau lectorat est bien plus large que celui des classes urbaines aisées, ce qui profite surtout aux quotidiens non anglophones.

Selon les estimations du gouvernement, 35% des Indiens savaient lire en 1976, un taux qui a presque doublé depuis. Chez les plus jeunes, ce taux atteint actuellement 82%, ce qui représente un formidable réservoir de lecteurs.

"Il y a cet immense arrière-pays dont les habitants sont de plus en plus instruits et qui commencent à lire des journaux", souligne Santosh Bhartia, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Chauthi Dunia (écrit en hindi), qui aborde régulièrement des sujets tels que les démolitions de bidonvilles ou la corruption. "Ils veulent lire sur eux-mêmes, sur leur vie, savoir comment l'améliorer, et ils s'informent dans des journaux qui parlent de cela", ajoute-t-il.

Le tirage quotidien des journaux en hindi est passé de moins de 8 millions au début des années 90 à plus de 25 millions en 2009. Il faut au moins doubler ce chiffre pour obtenir le nombre de lecteurs. Sur les dix titres ayant le plus gros lectorat, quatre sont hindis, avec en tête le Dainik Jagran et ses 55 millions de lecteurs.

Et ces chiffres à faire pâlir d'envie les quotidiens occidentaux ne disent pas tout: les lecteurs réguliers de quotidiens ne sont que 200 millions sur une population de...1,2 milliard. "Cela veut dire qu'il y a encore 800 à 900 millions de personnes qui ne se sont pas encore familiarisées avec un quotidien", relève Tarun Tejpal, célèbre rédacteur en chef de l'hebdomadaire Tehelka.

Image of India's Newspaper Revolution: Capitalism, Politics and the Indian-Language Press, 1977-1999
Manufacturer: Palgrave MacMillan
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Price: EUR 76,50
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