Deux Français se lancent dans le saucisson à Darjeeling

Produire des jambons et des saucissons secs sur les pentes nord de l’Etat du Bengale : c’est le pari de Patrice Durcudoy et Laurent Blain. Ces deux Français intarissables n’en sont pas à leur premier projet dans la région. Patrons d’une pizzeria depuis plusieurs années à Darjeeling, ils nous content les aventures que constitue l’ouverture d’un commerce en Inde.

Tout commence en 2003, suite à une soirée arrosée à Paharganj, le quartier des hôtels bon marché de New Delhi. Patrice Durcudoy et Laurent Blain, deux amis en goguette en Inde, ratent leur train matinal pour le Cachemire, à l'ouest de la capitale. Peu leur importe, ils prennent le suivant qui part vers les contreforts de l'Himalaya à l'est, direction Darjeeling.

"Au bout de trois jours, j'ai su que c'était ici que je voulais m'installer", lâche Laurent, vêtu d'un blouson de cuir, son casque de moto encore à la main. Le hasard et un coup de tête fait choisir Darjeeling aux deux compères, mais l'envie de s'expatrier les habitait depuis quelques années. Patrice enchaînait alors les postes de commercial à la Défense "juste pour bouffer et toujours pour repartir". Laurent, boulanger-pâtissier de formation, avait déjà travaillé dans plusieurs pays étrangers.

Avant de repartir en France, ils louent pour un an, "pour s'obliger à revenir", le local d'un ancien taxiphone dans une rue pentue de Darjeeling.

C'est là que se trouve aujourd'hui "Le Casse Croûte", une petite pizzeria aux murs recouverts de posters de Paris et de la campagne française. Avant son ouverture en 2005, les deux amis sont passés par le labyrinthe de l'administration indienne et des avocats tout aussi coûteux qu'inefficaces. "Nous n'avons reçu aucune aide de l'ambassade de France", regrette Patrice, qui aurait alors bien eu besoin de solides conseils juridiques.

Leur choix s'est très vite porté sur les pizzas et une clientèle se forme rapidement, composée majoritairement d'habitants de Darjeeling ainsi que de quelques touristes étrangers.

Mais les difficultés ne sont pas toutes derrière eux. Depuis 2007, Darjeeling connaît en moyenne une trentaine de jours de grève par an. Les militants du parti autonomiste Gorkha ferment alors les routes, "une catastrophe pour le business", précise Laurent. Statistiques des journaux locaux à l'appui, il évoque une chute du tourisme de 60% l'année dernière. "Darjeeling n'est plus ce que c'était, maintenant tout ferme à 20h", regrette Patrice.

"Tout les magasins ici sont obligés d'avoir l'inscription Gorkhaland sur leur devanture, pour éviter les problèmes avec les gens du parti". Mais cela ne suffit pas : "si tu ne connais personne, ce n'est pas la peine, alors forcément on a aussi des relations avec des membres du Gorkha Jana Mukti Morcha, parce ce sont eux qui donnent les autorisations pour passer quand les routes sont fermées."

La situation politique troublée n'entame pourtant pas l'enthousiasme de Laurent et Patrice. Les travaux de leur future usine de charcuterie, située en contrebas de Darjeeling doivent commencer début août. "Notre but est de nous agrandir avec l'usine et de vendre peu à peu nos produits à Siliguri et dans l'ensemble de l'Inde. Nous sommes déjà en contact avec des ambassades, des consulats et des grands hôtels du type Hyatt". Si l'on peut trouver de la charcuterie anglaise en Inde, les rares produits français sont importés. Les taxes douanières multiplient les coûts. En produisant sur place, Patrice et Laurent proposeront des prix défiant toute concurrence.

Les projets des deux hommes ne s'arrêtent pas là. Après les produits du cochon, ce sont des fromages qu'ils rêveraient de fabriquer dans cette région qu'ils ne peuvent s'empêcher de comparer à la Suisse. Entre la charcuterie et le fromage, la pizza savoyarde sera bientôt au menu !   


Manufacturer:
Part Number:
Price:
0


0