Des Indiens passent leur vie à ramasser les excréments des autres

Dans la Shining India (L’Inde qui brille), 600 000 personnes nettoient quotidiennement à la main des excréments humains. Ce sont les scavengers, un mot intraduisible en français. Intouchables, ils sont au plus bas de l’échelle des castes. Reportage à Alwar, au Rajasthan, à 160 kilomètres de New Delhi. Cliquez à droite de cet article pour lire ce reportage avec un fond sonore.

Baby ressemble à n'importe quelle femme indienne : la trentaine, un salwar kameez coloré et une dupatta assortie couvrant sa tête. Mais dès l'aube, elle parcourt le dédale de rues du vieux centre d'Alwar. Elle se faufile entre les maisons pour ramasser les excréments de la nuit, tombés directement depuis les latrines sèches dans un renfoncement du mur.

À l'aide d'un balai, elle recueille les excréments qu'elle transporte dans un récipient à hauteur de tête jusqu'à un caniveau. L'odeur qui s'en dégage attire les mouches et lui soulève le cœur. Inutile de préciser qu'en quinze ans, Baby ne s'est jamais habituée à ces odeurs. Écœurée, elle aspire à changer de métier. Mais elle repart vers une autre ruelle, une autre latrine, jusqu'à l'heure du déjeuner.

Comme Baby, ils sont 600 000 aujourd'hui en Inde, à exercer ce métier, selon les chiffres de l'ONG Sulabh International. Faire nettoyer chaque jour ses latrines coûte 50 roupies par mois (soit 80 centimes d'euros) et chaque scavenger s'occupe d'une dizaine de maison, gagnant donc environ 500 roupies (8 euros) par mois.

Ils appartiennent à la sous-caste des Bhangis. Au plus bas dans l'échelle de la pureté, ils sont fortement discriminés dans la société indienne, toujours régie par le système des castes, pourtant supprimé par la Constitution de 1950. Par exemple, ils n'ont pas accès aux mêmes temples et aux mêmes puits que les autres castes.

En plus d'une question de dignité humaine, cette pratique entraîne des problèmes de santé et d'hygiène. Les scavengers tombent souvent malades à cause des germes présents dans les excréments. Bien qu'une loi de 1993 interdise l'utilisation de latrines sèches, nécessitant le travail de ces Intouchables, de nombreuses maisons indiennes en possèdent encore.

Les Nations Unies ont déclaré 2008 année Internationale de l'Assainissement. Dans le monde, 2,6 milliards de personnes n'ont pas accès aux toilettes. En Inde, cela représente 50% de la population totale. Suivant l'un des rêves de Gandhi, le Dr Bindeshwar Pathak a créé l'association Sulabh International qui travaille depuis 1970 à la libération de ces Intouchables. L'ONG a installé 7 000 toilettes publiques et 1,2 million de toilettes privées en Inde afin de supprimer les latrines sèches et améliorer les conditions sanitaires des habitants.

En parallèle, les scavengers apprennent d'autres métiers. 60 000 personnes ont grâce à lui changé de vie et de métier. À Alwar, une cinquantaine d'anciennes scavengers apprennent l'anglais, la broderie, les soins de beauté, la cuisine et gagnent leur vie en vendant leurs produits sur le marché.

Toutes vêtues d'un sari turquoise, ces femmes sont fières et épanouies. C'est une vraie révolution dans les mentalités en Inde, car "elles vendent aujourd'hui de la nourriture à ceux dont elles nettoyaient les latrines hier", explique Gaurav Chandar, volontaire de Sulabh International.

L'Association Sulabh international a créé un musée dédié à l'histoire des toilettes à New Delhi.


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