Claire Kaczynski : "le syndrome indien reste encore méconnu"

Voyageuse invétérée, Claire Kaczynski baigne dans le monde de l’art et de la musique depuis plus de 10 ans. Après avoir effectué plusieurs séjours en Inde, elle vient de terminer d’écrire son Journal d’une Parisienne à Jaipur, relatant son expérience dans la ville rose dans une famille de la caste de musiciens. Entretien.

Tu t’es installée à Jaipur en 2007-2008, après avoir fait plusieurs voyages en Inde. Comment t’es-tu retrouvée dans une famille Rajasthanaise à Jaipur ?

Je prenais des cours de chant classique hindou à Paris (une heure par semaine), avec un professeur Indien, originaire de Jaipur. Un jour, il m’a proposé d’aller prendre des cours dans sa famille, pour m’imprégner de la culture Indienne, une sorte de stage intensif. J’ai trouvé l’opportunité si intéressante que j’ai dit oui tout de suite.

Comment se déroulait ton quotidien ?

Je vivais avec les femmes et les enfants à la maison, car les hommes étaient en Europe pour travailler, jouer dans les concerts. On passait nos journées à faire la cuisine, les courses, on faisait de longues siestes l’après-midi tellement il faisait chaud. A Jaipur, au mois de mai, la température peut atteindre facilement 40°, voir plus... Le soir, on dormait même sur le toit, sur des tapis, c’était le seul moment où l’air était appréciable. Le premier jour, j’ai eu un professeur de chant qui est venu me donner un cours, et puis le lendemain il a dû décommander. Ensuite j’ai été obligé d’annuler les autres cours à cause de mes conditions physiques et mentales qui commençaient à se dégrader. Le bruit, la chaleur, la nourriture, le manque total d’intimité, l’hygiène, la pauvreté et la promiscuité avait fini par avoir raison de moi. Pour combler le tout, j’étais tout le temps confrontée au rapport à l’argent dans mes relations sociales, je pensais m’être transformée en Euro géant aux yeux de tous… Je vivais dans un univers si différent que j’avais perdu mes cinq sens au bout d’une semaine. Je me suis mise à faire des crises d’angoisses, à ne plus aller aux toilettes, mon corps était envahit de boutons et de plaques rouges, j’avais des démangeaisons. J’ai dû quitter la famille, pour essayer de me soigner en allant me réfugier dans les hôtels de Jaipur, jusqu’à ce je commence à avoir des hallucinations : une grosse araignée hantait ma vision, jusqu’à m’en rendre folle. Et puis j’ai eu de la chance, une famille Franco-Indienne m’a sauvé…

Ce livre, ce journal, est né d’un besoin de laisser une trace, comme tu l’expliques dans un entretien à la Télévision Suisse Romande (TSR)…Qu’est ce qui a déclenché cette peur ?

La peur de mourir...
SI mes parents retrouvaient mon corps, je tenais à ce qu’ils sachent la vérité…
J’ai essayé de me faire rapatrier en France car j’étais au bout du rouleau. Pour respecter la procédure de mon assurance Gold Mastercard, il me fallait un certificat médical qui atteste de mon état de santé. Je suis donc allée voir un docteur qui m’en a délivré un. Je l’ai envoyé aussi tôt à l’assurance, qui a rappelé le docteur pour prendre des informations. Celui-ci leur avait répondu que tout allait très bien, m’a expliqué ensuite l’assurance, et qu’il n’était donc pas question de rapatriement. C’était le comble !!! Je pensais vraiment que j’allais mourir en Inde…
Ce fut la musique qui me fit revenir à moi-même. Mon ipod me servit de bouée de sauvetage, et finalement, c’est la rédaction de ce journal qui me permit de me reprendre en main.


Regis Airault, auteur des Fous de l’Inde a écrit la préface de ton livre. Etais–tu victime de ce syndrome ?

Oui et je pense aussi qu’il y a des degrés plus ou moins forts selon les personnes.
Pour la plupart des gens, l’Inde est surtout lié à la spiritualité, au mysticisme. C’est tellement envoûtant en même temps… J’ai croisé quelques cas de victime du syndrome plus tard sur ma route, c’était fou !!
Ca peut arriver dans n’importe quel pays, mais il y a quelques pays propices à cela, et l’Inde en fait parti !
Quand tu es en voyage organisé, tu ne vois et ne vies que l’Inde aseptisée des sentiers touristiques.

Tu expliques sur ton site que tu veux aider les communautés rurales du Rajasthan avec ce livre. Par quel moyen exactement ?

La sécheresse est un gros problème au Rajasthan. J’en parle dans le journal. En été, un tracteur nous livrait de l’eau, mais parfois on n’en avait plus pendant 2, 3 jours. En Inde, les puits municipaux peuvent être vite épuisés pendant les grosses périodes de sécheresse. Seuls les gens riches peuvent avoir accès à l’eau car ils ont creusé leurs propres forages…
J’ai fait la connaissance de l’association Rain Drop, dirigée par Alexis Roman, dont le but est de réorganiser la biodiversité sur les terrains et favoriser le développement durable. Il mène son projet tout seul mais très sérieusement. Mon site rend hommage à ce combat et j’espère qu’il éveillera des consciences quant aux difficultés de ces populations qui restent oubliées de tous.

Ton livre a aussi un but éducatif pour les gens fascinés par l’Inde qui souhaitent s’y rendre…

Quand je suis rentrée d’Inde après y avoir vécu, de nombreux futurs voyageurs me contactaient pour prendre des renseignements avant qu’ils ne partent en Inde.
J’ai compris que mon témoignage pouvait leur apporter un autre regard, d’autres informations que celles que l’on peut trouver sur le site des Ambassades… Notamment sur le syndrome du voyageur, et particulièrement le syndrome Indien qui reste encore méconnu de certains docteurs et du grand public…

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