Carrefour fait ses premiers pas en Inde, en attendant un grand bond

L'ouverture en Inde du premier magasin de gros Carrefour est un premier pas pour le géant français de la distribution, qui espère un rapide feu vert de l'Etat pour libéraliser son marché du commerce de détail - un secteur pesant 460 milliards de dollars de chiffre d'affaires.

En attendant de pouvoir faire du commerce de détail, Carrefour a ouvert un magasin de gros

Le numéro deux mondial du commerce de détail a annoncé jeudi l'ouverture à New Delhi de son premier magasin réservé aux professionnels de la restauration, aux administrations et aux petits commerçants locaux - le seul format de distribution que les groupes étrangers peuvent exploiter en propre en Inde.

Carrefour débarque en Inde avec quelques longueurs de retard sur de gros poids lourds du secteur. Son concurrent américain Wal-Mart, numéro un mondial, a déjà ouvert deux magasins de gros et envisage d'en ouvrir dix supplémentaires d'ici à trois ou quatre ans. L'allemand Metro avait, lui, inauguré son premier magasin de gros en 2003 et il en possède aujourd'hui six dans tout le pays.

A l'instar de ses concurrents, le français espère que sa première ouverture à l'aube de 2011 débouchera sur la création d'hypermarchés dans un pays de plus de 1,1 milliard d'habitants d'où émerge une solide classe moyenne de plus de 300 millions. La législation indienne en la matière est aujourd'hui extrêmement contraignante: le pays a consenti en 2006 à autoriser les investissements étrangers dans le commerce de détail à hauteur de 51%, mais seulement dans les magasins à marque unique comme Nokia ou Reebok, obligeant les groupes étrangers à signer des accords de franchise avec des sociétés indiennes.

Pour le moment, Wal-Mart a réussi à signer un accord de partenariat en novembre 2006 avec l'indien Bharti Enterprises tandis que le britannique Tesco a conclu une alliance avec le géant indien Tata Group. Selon The Economic Times publié jeudi, Carrefour et l'indien Future Group pourraient quant à eux signer un partenariat l'an prochain. Les discussions entre les deux groupes ont été déjà maintes fois évoquées dans la presse, sans confirmation des intéressés.

L'entrée des groupes étrangers sur le marché du détail est un sujet hautement sensible car les petits commerçants indiens, parmi les mieux protégés au monde, craignent d'être évincés au profit des multinationales. On compte en Inde 12 millions de "kiranas", ces petites échoppes traditionnelles où s'empilent du sol au plafond boîtes de conserves en tous genres, qui font vivre quelque 25 millions de commerçants.

Pour le président de l'association indienne des détaillants, Kumar Rajgopal, la libéralisation de la vente de détail devrait se faire "progressivement". "La libéralisation du commerce de détail ne devrait pas affecter les petits commerçants. C'est un sujet chaud et le secteur pourrait ne pas être ouvert à 100%", estime-t-il, interrogé par l'AFP.

Selon lui, l'arrivée de Carrefour sur le marché de gros est toutefois une bonne chose: "Il va y avoir plus d'enseignes disponibles pour ravitailler les commerçants locaux et la multiplication de l'offre pourrait faire ralentir l'inflation et diminuer les coûts pour les détaillants", souligne-t-il.

Les appels à libéraliser le marché de détail aux étrangers se sont multipliés ces derniers mois, notamment à l'occasion de visites de dirigeants occidentaux. Lors de la visite en Inde du président Nicolas Sarkozy ce mois-ci, la ministre des Finances, Christine Lagarde, avait demandé au pays d'ouvrir davantage le secteur. L'Inde a donné le coup d'envoi cet été à un débat public sur l'assouplissement de la législation, sans avancées pour le moment.

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