Calcutta s’offre un bol d’air avec le retrait des véhicules les plus polluants

Depuis le 1er août, les véhicules commerciaux vieux de plus de 15 ans n’ont plus le droit de circuler dans Kolkata (Calcutta). Cette décision de la Haute cour locale ravit les associations écologistes mais les opérateurs de rickshaws, bus privés et taxis, affectés par la mesure, contestent la décision par tous les moyens possibles.

Un souffle d'air frais balaye la ville de Kolkata depuis une dizaine de jours. Avec le retrait de la circulation des véhicules commerciaux les plus anciens, les riverains ont vu la qualité de l'air s'améliorer considérablement, à en croire les chiffres.

Une étude de l'organisation non-gouvernementale Saviour and Friend of Environment (Safe) faisait état d'une réduction de moitié des niveaux d'hydrocarbures, responsables de maladies du foie, des reins et de cancers, dans le centre de Kolkata. Cela dès le lendemain de l'entrée en vigueur de l'interdiction. Les particules en suspension, principale cause des maladies respiratoires dont l'asthme, auraient aussi chuté de moitié. "Le niveau de pollution à Kolkata n'a jamais été aussi bas en vingt ans", constate Sudipto Bhattacharya, un des responsables de Safe.

Si la différence dans la qualité de l'air n'est pas encore palpable au nez, la circulation dans la ville s'est nettement améliorée. Ruvani Desgupta, étudiante, raconte qu'il lui fallait au moins une heure pour se rendre à l'université. "Maintenant, je fais le trajet en quarante minutes", se réjouit-elle. "Je gagne du temps et en plus, avec moins d'embouteillages, il y a moins de vapeurs toxiques à respirer"

En revanche, il est beaucoup plus difficile pour les habitants de se déplacer. "Il arrive parfois que les gens se poussent pour pouvoir rentrer dans un rickshaw", relate Ruvani Desgupta. Pour l'instant, les chauffeurs n'ont pas augmenté leurs tarifs. Seuls les taxis sont plus chers, d'une roupie environ (1,4 centime d'euro).

La population reste mitigée, mais les militants écologistes savourent. Ils avaient saisi la Haute cour de Kolkata eux-mêmes afin d'interdire la circulation de véhicules commerciaux de plus de 15 ans. En juillet 2008, elle a accepté la requête, au grand dam des opérateurs de transports privés.

Les syndicats de rickshaws, de taxis et de bus, ainsi que le lobby industriel ont contesté la décision devant la Haute cour et même devant la Cour suprême indienne. Ils ont échoué à chaque fois, jusqu'à présent. Lundi, ils ont même essuyé un double revers de la part de ces institutions.

Ils continueront cependant à s'opposer par tous les moyens à cette décision qui leur coûte très cher. On estime que l'interdiction touche environ 4.000 bus privés, 6.800 taxis et plus de 95% des rickshaws de l'agglomération de Kolkata. De très importantes grèves ont eu lieu en janvier et en juillet, rendant les déplacements quasi-impossibles.

La voie légale semble néanmoins être privilégiée, car il n'y a que la Haute cour ou la Cour suprême qui pourrait défaire le jugement. Le gouvernement de Bengale-Occidental est contraint à appliquer la mesure, sans pouvoir s'exprimer dans l'affaire. Il a simplement obtenu un sursis de sept mois pour les transporteurs, qui a pris fin au 31 juillet.

"Le gain de temps aurait pu être mis à profit pour renouveler le parc de bus publics pour palier le retrait de tant de véhicules privés", regrette Anumita Roy Chouthury, directrice associée au Centre of Science and Environment (CES), organisation qui milite pour réduire la pollution en Inde. "Surtout que les États bénéficient de fonds à cet effet grâce au programme national de régénération urbaine Jawarharlal Nehru", ajoute-t-elle.

En attendant que pouvoirs publics et entreprises trouvent le moyen de rendre les transports publics plus faciles à Kolkata, les riverains apprécieront de respirer un air plus pur. "Cette ordonnance a le mérite de protéger la santé des habitants de Kolkata", fait valoir Anumita Roy Chouthury. "Et cela, c'est le plus important"


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