Cachemire indien: Srinagar vit par intermittence, au rythme du couvre-feu

Les violentes manifestations et les fréquents couvre-feu ont affecté la vie quotidienne des habitants de Srinagar, chef lieu du Cachemire indien, ainsi que l’activité économique et touristique de la région. Reportage.

Srinagar est devenue une ville fantôme ©AFP

La principale ville du Cachemire indien, Srinagar, ressemble à une ville fantôme: magasins fermés, rues désertes, silence impressionnant. Puis la vie reprend quelques heures, le temps de la levée provisoire du couvre-feu.

Les étals maraîchers fleurissent alors à chaque coin de rue, la circulation frise les embouteillages et les habitants se ruent hors de chez eux pour acheter de la nourriture, des médicaments ou des jouets pour leurs enfants.


Risque d'être rossé ou visé par des tirs

Depuis plus de trois mois, cette région à majorité musulmane est secouée par de violents heurts entre des manifestants séparatistes et les forces de sécurité qui se sont soldés jusqu'à présent par la mort d'au moins 106 civils.

Pour empêcher les manifestations, les autorités ont imposé dans la plupart des villes de stricts couvre-feux qui peuvent durer plusieurs heures par jour. Toute personne surprise dans la rue risque d'être rossée ou d'être visée par les tirs des forces paramilitaires.

A Srinagar, la capitale d'été de l'Etat du Jammu-et-Cachemire, le million d'habitants se cache pendant ces heures mortes au fond de ruelles où l'on peut apercevoir des hommes dans l'embrasure de portes parlant politique tandis que des familles à l'intérieur regardent la télévision ou jouent aux cartes.

Un permis spécial pour se rendre à son propre mariage

"C'est malheureux, parce que nous vivons sous occupation militaire", commente Arif Jan, 40 ans, un commerçant du district de Nowhatta près de la plus grande mosquée de la ville. "Ma famille stocke du riz et des lentilles quand c'est possible. Voilà maintenant comment nous vivons", lâche-t-il.

A cause du couvre-feu, Showkat Ahmed a, lui, été obligé de se rendre à son propre mariage avec un permis spécial et sous escorte policière. Assis nerveusement au fond d'une voiture rouge dont la plage arrière a été ornée de fleurs en plastique, il a été emmené à vive allure à travers la ville déserte en plein après-midi pour s'unir à sa fiancée.

"Le couvre-feu a empêché mes soeurs de venir au mariage. Je suis inquiet pour mes proches et je veux que la cérémonie de mariage soit finie pour pouvoir retourner avec eux", dit ce jeune homme de 23 ans qui travaille dans la fabrication d'étoles.

En temps normal, les mariages cachemiris sont célébrés toute la nuit par des centaines d'invités. Mais aucune fête n'a été organisée pour Ahmed et sa jeune épouse. "A l'avenir, je veux juste une vie normale", confie-t-il.

"Pas un touriste"

La situation affecte aussi l'industrie touristique qui commençait juste à relever la tête quand la vague de violences a repris. L'insurrection séparatiste née en 1989 avait diminué et les touristes du monde entier commençaient à revenir dans la région.

Srinagar s'enorgueillit d'abriter plusieurs sites dignes d'intérêt, comme le lac Dal, face aux montagnes de l'Himalaya, sur lequel se balancent des péniches aménagées que les touristes peuvent louer. Mais "sur les 600 à 700 péniches, il n'y a pas un touriste. Je n'ai pas vu un seul client depuis juin", se lamente Rashid Dongola, 55 ans, propriétaire des péniches Hilton Kashmir.

"Nous choisissons d'affronter les balles"

Les bateaux d'ordinaire chargés d'étoles en cachemire et boîtes colorées en papier mâché qui font la joie des touristes ont disparu. "Ce devrait être la haute saison pour nous", rappelle M. Dongola.

En dépit de la difficulté, peu de Cachemiris expriment de doutes. "Nous savons ce que nous voulons. Au nom de la liberté, nous choisissons d'affronter les balles et nous abandonnons la possibilité de vivre une vie facile", témoigne Sajjad, gérant d'un magasin dans la vieille ville.

Image of Kashmir: Roots of Conflict, Paths to Peace
Manufacturer: Harvard University Press
Part Number:
Price: EUR 19,92
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Portrait de Deux Becs

Bonjour,
J'étais justement à Srinagar en 2008 pendant un blocus qui a vidé la ville de ses touristes, et voici le témoignage que je peux partager avec vous : Srinagar, ville d'émeutes (Voyage au bout de l'Asie)



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