Au moins treize morts dans des manifestations au Cachemire indien

Treize personnes, pour la plupart des manifestants, ont été tuées lundi dans la province à majorité musulmane, lors de la journée la plus meurtrière depuis le début d'un mouvement de protestation contre l'autorité de New Delhi il y a trois mois.

83 personnes ont été tuées au Cachemire indien ces trois derniers mois ©AFP

Les dernières manifestations séparatistes ont été marquées par un regain de violences à la suite de la diffusion d'images montrant un groupuscule chrétien en train de déchirer des pages du Coran samedi à Washington, devant la Maison Blanche, a précisé la police. Des manifestants ont notamment incendié une école religieuse chrétienne dans le village de Tangmarg (ouest), sans faire de victime.

Les autorités du Cachemire indien ont annoncé l'interdiction de la diffusion de la chaîne de télévision iranienne Press TV qui avait diffusé les images des pages du Coran déchirées.

L'ambassadeur des Etats-Unis en Inde, Timothy J. Roemer, s'est dit "consterné" par ces violences, et a rappelé que le président Barack Obama avait condamné toute profanation du Coran. Le Vatican a déploré pour sa part "une violence gratuite". Mgr Pier Luigi Celata, secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, a rappelé les paroles de Benoît XVI: "la violence ne peut jamais être justifiée comme réponse aux offenses, la violence n'est pas compatible avec les principes sacrés de la religion".

Le gouvernement indien s'est réuni spécialement lundi soir pour décider de l'opportunité de lever partiellement l'état d'urgence dans quatre districts du Cachemire, décidé il y a vingt ans. Dans un communiqué, il a exprimé "sa profonde angoisse à propos des événements intervenus depuis (la fête) de Aïd-el-Fitr, en particulier les événements qui ont eu lieu à la suite de certaines rumeurs".

La vague de violences a fait 83 morts au Cachemire indien depuis trois mois.

Lundi, cinq personnes ont été tuées à Tangmarg où la police a ouvert le feu sur des manifestants qui tentaient d'incendier des bâtiments officiels.

Le dirigeant séparatiste Syed Ali Geelani, qui a organisé des grèves et des manifestations, a lancé un appel au calme lundi. "Nous condamnons fortement ceux qui ont incendié une école religieuse", a-t-il dit. "Je demande aux musulmans de protéger les membres de la minorité et ses lieux de culte. Nous devons à tout prix maintenir la vieille harmonie commune et la fraternité pour laquelle le Cachemire est connu dans le monde entier".

Un policier et cinq manifestants ont été tués dans le district de Budgam (centre). Un autre homme a été tué dans le district de Bandipora (nord) lorsque les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants qui jetaient des pierres et scandaient des slogans en faveur de l'indépendance du Cachemire. Une personne a également été tuée à Pampore (sud).

Le Jammu-et-Cachemire est le seul Etat de l'Union indienne où la population est majoritairement musulmane. L'autre partie du Cachemire est contrôlée par le Pakistan. La partie indienne est le théâtre depuis vingt ans d'une insurrection contre l'administration de New Delhi qui a fait plus de 47.000 morts depuis 1989, selon des chiffres officiels.

Les forces de sécurité indiennes luttent depuis trois mois pour contenir les violences provoquées par la mort d'un étudiant de 17 ans tué par la police le 11 juin lors d'une manifestation séparatiste.

Selon un sondage publié dimanche, environ deux tiers des habitants du Cachemire indien veulent l'indépendance de leur région, et moins d'un sur dix souhaite être rattaché au Pakistan.

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