Anish Kapoor s’expose pour la première fois en Inde

L’artiste britannique né en Inde expose ses œuvres à Bombay et à New Delhi pendant deux mois. L’occasion pour l’Inde de mettre en valeur les origines d'un des artistes les plus prisés de ces dernières années.

Anish Kapoor pose devant une des oeuvres exposées à Mumbai, intitulée "Non-objet (flêche)" ©AFP

Anish Kapoor est de retour en Inde. Point d’orgue de près de dix ans de travail et de négociations, la double exposition inaugurée conjointement à Bombay et New Delhi s’impose déjà comme "l’événement de l’année".
"Je ne veux pas paraître arrogant mais il n’y a probablement jamais eu d’exposition de cette envergure en Inde." L’artiste britannique né à Mumbai, d’un père pendjabi et d’une mère juive irakienne, ne le cache pas : ce "retour au foyer" a quelque chose de démesuré. La capitale indienne accueille quelques-unes des pièces majeures de son travail dans les tout nouveaux locaux de la National Gallery of Modern Art, tandis que Bombay joue la carte du sensationnel et de l’innovation dans les mythiques studios Mehboob de Bollywood, réarrangés à l’occasion pour accueillir les gigantesques pièces de l’artiste.

"Défis techniques"

"It’s all about space", tout se résume à l’espace. Celui qui n’hésite pas à parler de "fiction de l’espace", joue avec les proportions et repense les perspectives. "Cloud Gate", l’une de ses créations les plus célèbres, principale attraction du Millenium Park à Chicago, pourrait à elle seule résumer sa quête permanente du spectaculaire et de l’inédit. "Pour réaliser un art nouveau, il faut créer un nouvel espace. Avec ces objets, j’ai l’impression d’avoir inventé un nouvel espace mathématique", explique l’artiste. En chiffres, cela donne des dimensions de 20m x 15m x 12m, 100 tonnes d’acier, et 23 millions de dollars. Pour Anish Kapoor, le processus créateur se définit aussi comme la relève des "défis techniques".

Exposées aux Etats-Unis et dans les principales capitales de l’Europe, ces œuvres titillent sans cesse les lois de la raison. "Ces objets vous forcent à ressentir une émotion", analyse un connaisseur. L’artiste confie lui-même se soucier principalement de "la manière dont le spectateur est impliqué dans ce qu’il regarde". La déambulation du visiteur entre et autour de ces objets étranges est une expérience qu’il définit comme un "pélerinage" ou un "voyage".
La confrontation avec l’œuvre cherche à créer un "moment mystique où soudain les choses qui nous entourent deviennent différentes" : la réalité s’étiole et se déforme, l’objet interroge brutalement les frontières du familier et de l’inconnu. "Etre à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du monde", résume l’artiste. Le travail de Kapoor s’attarde sur la matière, ces "peaux" ("skins") qu’il travaille dans toute leur complexité. Une illusion coûteuse, qui, au final, cherche à mener le spectateur - et lui-même - "vers un lieu inconnu".

L’ "enfant de l’Inde"

Celui que Sonia Gandhi présentait samedi dernier, lors de l’inauguration de l’exposition à New Delhi, comme "l’enfant du pays" aurait plus d’une influence indienne à revendiquer. "Il a lui-même parlé de l’impact de la philosophie indienne et du symbolisme profond, inhérent à de nombreux aspects de la vie ici, sur son oeuvre", rappelait la présidente du parti du Congrès.

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Si l’intéressé préférerait se faire désigner comme "le meilleur artiste" plutôt que par ses origines, il avoue cependant l’emprise d’un "psycho-langage du travail" décidemment indien : "Comment cela pourrait-il en être autrement ? C’est là où j’ai grandi", déclarait l’artiste pour le quotidien britannique The Guardian. Représentant de la Grande-Bretagne lors de la Biennale de Venise en 1990, ce citoyen britannique passé par une école d’ingénieur en Israël, préfère prévenir : "C’est un pan du métier, rester à l’écart des allégeances nationales. Je suis libéré de ces chaînes."

Après quarante ans d’absence, Kapoor s’avoue "légèrement inquiet". Indétrônable et au sommet de sa gloire, l’artiste ne craint pas pour ce que tous louent déjà comme "un retour triomphal au pays". Ce qu’il redoute, c’est plutôt de briser "une absence aux résonnances merveilleusement mystérieuses".

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