Ahmedabad, Mecque indienne de l’architecture moderne

Ahmedabad est renommée pour la finesse de ses baolis, ces puits à galeries sculptées, et la beauté de ses mosquées à minarets oscillants. Mais la plus grande ville du Gujarat recèle aussi de bijoux d’architecture moderne par Louis Kahn, Le Corbusier ou Balkrishna Doshi. Découverte.

Avec ses 5,2 millions d'habitants, ses rues perpétuellement encombrées et sa pollution brûlante, Ahmedabad paraît au bord de l'implosion. Mais la ville abrite aussi de calmes mosquées, dont les minarets oscillants finement ouvragés ont intrigué des générations de bâtisseurs, et de superbes puits de fraîcheur à galeries ciselées, les célèbres baolis. On sait moins qu'Ahmedabad est aussi une ville phare de l'architecture moderne en Inde. Des grands noms du 20ème siècle - Le Corbusier, Louis Kahn et Balkrishna Doshi, notamment - y ont en effet signé plusieurs bâtiments étonnants. Visite de ces oasis de design dans la clameur de la cité.

Difficile de trouver plus paisible que le Sanskar Kendra Museum. Le petit musée municipal semble oublié dans son jardin, derrière le Sardar Bridge. En forme de spirale, il a été dessiné en 1957 par Le Corbusier, qui est aussi le concepteur de Chandigarh, au Punjab. La construction illustre les principes d'architecture du maître français. Adeline Chambe, urbaniste, explique : "Le Corbusier avait pour credo de libérer le sol de l'immeuble par des structures sur pilotis. Cette technique permet de créer des espaces spécifiques au rez-de-chaussée, patios, fontaines, placettes, particulièrement adaptés en Inde pour se protéger de la chaleur". Au-delà de l'effet de flottement dû aux piliers, les jeux d'ombre et lumière attirent l'attention. Le Corbusier définissait en effet le soleil comme le premier élément de l'urbanisme. A l'intérieur du bâtiment, c'est cet éclairage travaillé qui met en valeur une exposition permanente courte et bien agencée, dont les gardiens ont ouvert les portes rien que pour nous.

L'immeuble de la Mills Association est bien mieux entretenu. Tandis qu'une partie est réservée à des bureaux, l'autre reste accessible au public. Les murs incurvés témoignent d'un autre concept de Le Corbusier, la "façade rideau". "Le poids des étages étant supporté par des piliers, les murs ne sont plus porteurs. Il en résulte une grande liberté au niveau de l'inclinaison des façades et des cloisons ainsi que de l'emplacement des fenêtres", commente Adeline Chambe.

Plus spectaculaire, le prestigieux Institut Indien de Management (IIM) – LA meilleure école de commerce du pays - surplombe de ses briques rouges des allées tirées au cordeau et des pelouses impeccables. Impression de coupure radicale. On jurerait même que la température redescend. Louis Kahn, architecte américain de génie à la personnalité trouble (il menait une triple vie) a réalisé les plans du campus de l'IIM sur l'invitation de son ami Balkrishna Doshi. Ce disciple indien de Le Corbusier pensait qu'une création de Kahn servirait mieux le projet que son propre travail. Les deux hommes ont par la suite collaboré à la conception du campus, achevé en 1961. Si les toits-terrasses de Le Corbusier se fondent dans le paysage urbain indien, les arches de Louis Kahn s'accordent parfaitement avec l'héritage islamique du Gujarat. Jeanne, jeune Française en échange universitaire, confie : "la première question que me posent les étudiants indiens, c'est ‘tu aimes le campus' ?". Plus de quarante ans après, le style Kahn n'a pas pris une ride.


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